Jobnews by Indeed, c’est le podcast qui décrypte l’actualité de l’emploi. 
Alexandre Judes, économiste en charge du Hiring Lab d’Indeed fait le point sur le succès de l’apprentissage, les métiers du secteur qui ont le vent en poupe.

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718 000 : c'est le nombre de nouveaux contrats qui ont été signés en 2021 dans le privé et le public, en hausse de 37 % sur an, c'est ce qu'indique le dernier rapport de la Dares, la Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques sur l'apprentissage. Et selon l'observatoire français des conjonctures économiques, l'OFCE, ce sont près de 900 000 contrats d'apprentissage qui étaient en cours fin 2021.

Bienvenue dans la Saison 2 de Job News by Indeed, le podcast qui décrypte l'actu de l'emploi, un programme à retrouver dans son intégralité sur jobradio.fr et disponible également sur l'ensemble des plateformes de diffusion de podcasts.

Bonjour Alexandre Judes. Bonjour Jean-Baptiste.

Je rappelle, Alexandre, que vous êtes économiste au Hiring Lab d'Indeed, le métamoteur de recherche d'offres d'emploi. Alexandre, le dernier rapport sur l'apprentissage de la Dares auquel je faisais référence en introduction, révèle également que le nombre de contrats dans le secteur privé a été multiplié par 2,4 entre 2017 et 2020. Sur Indeed.fr, quels sont les constats que vous faites en termes de volume d'offres d'emploi en apprentissage depuis trois ans maintenant ?

Alors, si on regarde depuis trois ans, donc on prend une période qui va avant le début de la pandémie, on a quand même une très, très grosse augmentation, nous, sur notre site, du volume d'offres en apprentissage ou en alternance, puisqu'il passe à peu près de 2,3 % de l'ensemble de nos offres à 3,1 % sur les derniers points du mois d'avril 2022. Donc il y a une augmentation, qui est assez sensible, de 30 % du volume de ces offres-là.

Alors, avec la crise sanitaire, le gouvernement, avec le dispositif 1 jeune, 1 solution, a mis en place des aides non négligeables pour les entreprises qui embauchaient des alternants. Au niveau de vos statistiques, est-ce que vous avez pu mesurer les répercussions de ces aides sur le nombre d'offres d'emplois à pourvoir sur Indeed ?

Tout à fait puisque l'augmentation, que je vous décrivais tout à l'heure, en fait, s'est faite essentiellement entre l'été 2020 et le milieu de l'année 2021. Donc ça correspond vraiment au lancement et à la montée en charge de ce dispositif 1 jeune,1 solution, qui revient en réalité à subventionner, parfois d'ailleurs totalement, l'embauche d'un jeune en apprentissage ou en alternance. C'est vraiment une conséquence directe, donc, de ce dispositif-là.

Est-ce que l'on peut dire que l'apprentissage finalement aujourd'hui, c'est la voie royale vers l'emploi ?

C'est effectivement une façon, je pense, de trouver très, très facilement un emploi, en particulier dans les secteurs dits sous tension. Il y a énormément de secteurs sous tension qui sont dans l'industrie, dans l'artisanat, sachant que l'apprentissage et l'alternance évidemment ne se confinent pas à ces deux grands secteurs-là. On a énormément d'offres en apprentissage dans les supports administratifs et dans l'informatique aussi. Mais c'est vrai qu'on a énormément de métiers en tension, même de façon structurelle. Ça ne date pas de la pandémie.

C'est vraiment une voie, en tout cas sans risque, pour trouver un emploi si un jeune veut trouver un emploi relativement rapidement aujourd'hui, effectivement.

J'ajoute aussi qu'on a, ça aussi, c'est structurel, mais l'économie française a un problème de productivité, en ce sens qu'elle ne crée pas suffisamment d'emplois avec une grande valeur ajoutée technique. Quand on regarde, par exemple, le poids des métiers industriels, mais pas seulement, par exemple, on regarde aussi le poids des métiers de l'informatique et de la donnée dans l'ensemble des offres sur Indeed, ce poids a tendance à diminuer. Donc ça, c'est un problème de productivité, parce que la plupart du temps, ces activités, ces emplois-là sont, encore une fois, des emplois à haute valeur ajoutée technique, qui justement contribuent à diffuser les innovations dans les autres secteurs et à améliorer l'efficacité de l'économie.

Donc, l'apprentissage peut être aussi un moyen pour les entreprises de trouver justement la main d'œuvre qui leur permettra de développer ces activités, qui sont, encore une fois, des activités à haute valeur ajoutée technique dont on a cruellement besoin.

Alors, on parlait à l'instant des aides dans le cadre du dispositif 1 jeune, 1 solution. Les subventions, justement, ces subventions-là, doivent prendre fin normalement à la fin du mois de juin. On ne sait pas encore si elles seront renouvelées. La crainte, est-ce que ce n'est pas finalement une remise en cause à venir de la filière ?

Alors, c'est la grande question. Parce que, vous savez que ces subventions-là, elles consistent en réalité à donner entre 5000 et 8000 euros pour l'embauche d'un apprenti sur la première année. Donc en réalité, on subventionne quasiment totalement l'embauche d'un apprenti. Et on se demande si finalement, les entreprises n'ont pas, entre guillemets, profité de ce dispositif-là pour embaucher des jeunes qu'elles auraient de toute façon embauchés dans les mois ou dans les années qui auraient suivi. On appelle ça en économie un effet d'aubaine.

Donc, on verra déjà premièrement si le dispositif sera reconduit en juin, et s'il ne l'est pas, si effectivement, on a un effet d'aubaine, c'est-à-dire une baisse ou chute totale du volume d'offres en apprentissage, si les entreprises considèrent que finalement, elles ont profité entre guillemets de la crise et profité des subventions pour embaucher les apprentis dont elles ont besoin, et est-ce qu'elles arrêtent, ou alors, si elles continuent cette dynamique.

Après, le point positif, c'est qu'il y a quand même, encore une fois, énormément de secteurs en tension, des secteurs qui ne trouvent pas de salariés, et dans ces secteurs-là, normalement, l'apprentissage devrait continuer à se développer.

Alors justement, même si vous en avez parlé rapidement tout à l'heure, Alexandre, les secteurs qui recrutent actuellement le plus dans l'apprentissage, quels sont-ils ?

On a beaucoup d'annonces dans tout ce qui est vente et prospection commerciale, qui est de loin le premier secteur en termes de poids dans l'apprentissage avec un peu plus de 13 %. Ensuite, on a la vente au détail, donc là, les vendeurs qui sont physiquement dans les magasins, avec à peu près 7 %. Et ensuite, ce sont des catégories que l'on retrouve assez traditionnellement dans l'apprentissage. On a l'installation et la maintenance à 6 %, la restauration, 6 %, les services administratifs, 6 %, et aussi, le management avec 6 %.

Avez-vous constaté une augmentation du nombre de contrats d'apprentissage partout en France ? Est-ce qu'il y a des régions, par exemple, qui recrutent plus d'apprentis ?

Alors, c'est effectivement assez concentré en région parisienne, avec 27 % de l'ensemble des offres en apprentissage qui sont dans la régions de Paris. Ensuite, on a les deux prochaines régions qui sont l'Auvergne-Rhône-Alpes, 12 %, et PACA, 7 %.

Donc, ces trois régions-là sont finalement les régions françaises qui sont de toute façon les plus dynamiques en termes d'économie, en terme général de création d'emplois et aussi en termes de PIB. Si vous prenez ces trois régions, région parisienne, Auvergne-Rhône-Alpes et PACA, on est à peu près à 50 % de l'ensemble des offres en apprentissage sur notre site.

Dans les annonces publiées sur Indeed, est-ce que tous les niveaux de diplômes visés par une formation d'apprentissage sont concernés par cette augmentation du nombre d'offres ?

Contrairement aux idées reçues, effectivement, on a des offres en apprentissage dans à peu près tous les niveaux de diplômes. Par exemple, le niveau Master représente 24 % de l'ensemble des offres en apprentissage. Le niveau Bac+2, 23 %. Niveau CAP, BEP, on est à 16 %. Finalement, c'est plutôt bien réparti.

Ce ne sont pas uniquement des emplois qui seraient avec de faibles exigences de diplômes. Donc ça, c'est un point positif, il y a énormément de diversités.

Et quand on regarde depuis la fin de l'année dernière, ce sont surtout la catégorie Bac+2 et la catégorie Licence qui ont les taux de croissance les plus importants en termes de volume d'offres en apprentissage.

Mais finalement, toutes les catégories ont connu une croissance assez importante depuis 2019. Et si on regarde effectivement vraiment les deux derniers points, ce sont surtout Bac+2 et Licence qui ont apparemment le vent en poupe en ce moment.

Alexandre, au moment où on parle, où on enregistre cet épisode, il paraît que c'est le bon moment pour candidater à un apprentissage. En fait, il existerait une saisonnalité pour trouver un contrat en apprentissage.

Exactement, la saison de recrutement bat son plein. Ce qu'on observe sur nos chiffres, nous, c'est que c'est vraiment très, très cyclique. La montée en charge, on va dire, du nombre d'annonces sur le site intervient autour du mois de février, et le gros de la croissance se fait entre mars et juin. Donc là, on est véritablement en plein dedans. Sur fin juin, on sera au pic, au maximum du cycle.

Et ensuite, on va observer une décroissance du poids de l'apprentissage dans l'ensemble des offres jusqu'à la fin de l'année, donc littéralement, jusqu'à la dernière semaine de décembre qui est surcroît une période où il n'y a pas beaucoup d'activités, où il n'y a pas beaucoup d'employeurs qui postent des offres.

Et ensuite, on va pouvoir repartir doucement au mois de janvier. Et puis, février, et enfin, la montée en charge entre mars et juin.

Voilà pour cette page spéciale consacrée à l'apprentissage. Alexandre, maintenant, à quel niveau le 22 avril dernier se situait le volume d'offres d'emplois sur Indeed France par rapport à son niveau de référence pré-pandémie du 1er février 2020 ?

Alors, on est à +39,6 % et on continue notre croissance malgré les événements géopolitiques. Donc ça, c'est un point positif. Ce n'est pas le cas au Royaume-Uni, par exemple, qui est sur un plateau depuis la mi-février. Donc ça, il faut s'en réjouir, quasiment plus de 40 % d'offres en plus par rapport au 1er février 2020. Donc, la croissance des offres d'emplois se poursuit, les recrutements se poursuivent en France pour l'instant.

Quels sont les secteurs où les offres ont le plus progressé ? Quels sont finalement les métiers qui recrutent le plus ?

Les secteurs qui ont le plus progressé, ce sont toujours un peu les mêmes. Si on regarde véritablement par rapport à la crise, on est sur les soins personnels et à domicile qui, chez nous, représentent une assez grosse catégorie, les soins infirmiers, la pharmacie, la propreté et l'hygiène. Donc ça, ce sont véritablement des métiers qui ont bénéficié directement de la crise.

Une catégorie qui est plus petite, mais qui affiche une très, très forte croissance, en particulier sur les derniers mois, ce sont les armées qui ont lancé récemment des campagnes de recrutement. Ça sera intéressant de voir justement si en raison du contexte géopolitique ce sont des campagnes qui réussissent.

Et à côté de ça, on a les activités d'hôtellerie-tourisme, la garde d'enfants en général, les services à la personne au sens plus global qui ont leur poids dans les offres quasiment doubler par rapport au 1er février 2020.

Et si on se concentre, encore une fois, sur les toutes dernières semaines, si on laisse de côté les armées et les soins personnels, on observe aussi une reprise assez dynamique dans le secteur aérien, qui est un secteur qui, traditionnellement, était très en retard sur notre indicateur d'offres d'emploi.

Et on estime aussi qu'avec la reprise, l'arrivée de la saison touristique, c'est un secteur qui devrait aussi rattraper son retard, tout le retard qu'il a accumulé sur les derniers mois.

Alexandre, en fonction du nombre de clics observés sur Indeed.fr, quels sont les métiers maintenant qui attirent le plus de candidats en ce moment ?

Alors, les métiers qui attirent le plus, c'est-à-dire, ceux pour lesquels il est devenu plus facile de recruter, si on regarde le nombre de clics par annonce, quand on regarde cet indicateur-là, traditionnellement, il y a typiquement les métiers de l'industrie qui vont venir en premier puisque ce sont des métiers qui ont toujours un volume d'offres assez faible par rapport à l'avant-crise. Donc sur notre indicateur, ça va être des métiers sur lesquels la tension ne s'est pas accrue. Donc ça, c'est la première remarque.

La deuxième remarque, si on laisse de côté cet aspect de croissance ou pas d'ailleurs des offres, on a les métiers qui attirent plus de clics qu'avant la crise.

Là, on a tout ce qui est conduite routière, thérapies et accompagnement, les métiers de l'administration système et réseau, qui sont des catégories qui, à la fois, ont vu leur volume d'offres augmenter, mais qui ont vu aussi leur volume de clics augmenter dans une proportion plus importante que la croissance de leur volume d'offres, d'où le fait qu'il est plus facile de recruter qu'en moyenne, qu'avant la crise et d'où le fait que ce sont des métiers qui attirent particulièrement les candidats.

Au niveau des offres d'emplois et des bassins d'emplois, quelles sont en ce moment les régions les plus dynamiques ?

D'abord, ce qui se frappe, c'est que l'Île-de-France reste la région la moins dynamique puisque le point très remarquable, il est surtout entre l'Île-de-France et les autres régions, puisque par rapport aux 39,6 % dont je vous parlais tout à l'heure, qui est la croissance au niveau des offres sur toute la France, si on regarde uniquement l'Île-de-France, on est seulement sur 23 %. Donc, il y a un gros écart entre la région parisienne et la moyenne des régions françaises.

Et si on regarde les régions strictement en France métropolitaine qui s'en sortent le mieux, on a PACA, on a les pays de la Loire. PACA, c'est +63, donc grosse différence par rapport à la moyenne nationale de 40. Pays de la Loire, 59, Occitanie, 50.

Alors, l'activité économique a stagné au premier trimestre avec une croissance nulle de 0 %, bien inférieure aux attentes, sur fond d'inflation et de guerre en Ukraine. Selon une première estimation publiée le 29 avril par l'Insee, la consommation a nettement reculé. L'Insee tablait sur une croissance de 0,3 %, tandis que la Banque de France espérait une petite progression du PIB de 0,25. À terme, est-ce que ça peut avoir des répercussions sur l'emploi et donc, le volume d'offres ? Et même, est-ce que ça a déjà commencé ?

Effectivement, vous l'avez dit, c'est le principal risque, déjà, sur la croissance et sur l'emploi.

La principale explication, c'est d'abord un problème conjoncturel, c'est-à-dire qu'on est en train de sortir de dispositifs de relance qui ont permis de maintenir l'économie pendant la crise. On a, comme vous le savez, un problème de hausse des prix, un problème d'inflation. On ne sait pas encore s'il est transitoire, ou si c'est un problème structurel qui va rester avec nous pendant longtemps. Toujours est-il que ça va impacter le pouvoir d'achat des ménages, ça impacte la consommation. On a la guerre en Ukraine qui a aussi contribué à faire monter les prix, en particulier des matières premières à la fois énergétiques et alimentaires.

Donc, tout ça fait qu'il y a un certain nombre de risques qui pèsent sur la croissance, avec en plus les Banques centrales, encore une fois, qui ont brûlé toutes leurs cartouches pendant la crise et qui ne peuvent maintenant que de remonter les taux face à l'inflation. Donc, ce risque de stagflation, de stagnation au niveau de la croissance et d'inflation et à moyen terme, là, effectivement, le risque qui pèse sur les créations d'emplois en France.

Il n'y a pas que celui-là. Il y a aussi le fait qu'on a un marché du travail qui ne fonctionne pas très, très bien, avec des pénuries de main d'œuvre, des métiers qui restent toujours en tension. Il y a toujours du travail à faire au niveau structurel pour essayer d'améliorer le fonctionnement de notre marché du travail. Mais effectivement, là maintenant, il y a tous ces nuages conjoncturels qui pèsent sur nous. Tout porte à croire que le ralentissement a déjà commencé puisque effectivement on commence à voir un ralentissement de la croissance sur le dernier trimestre et un certain nombre d'instituts, de banques qui revoient leurs prévisions de croissance à la baisse.

Merci beaucoup Alexandre. Merci à vous.