Jobnews by Indeed, c’est le podcast qui tous les 15 jours décrypte l’actualité de l’emploi. 
Alexandre Judes, économiste en charge du Hiring Lab d’Indeed fait le point sur les offres d’emploi, le comportement des candidats, les métiers qui recrutent.

Dans cet épisode, on s’intéresse au sondage commandé par Indeed sur le comportement des candidats à la recherche d’un emploi. Quelles sont leurs motivations ? Quel est le degré d’urgence ? Dans quelles mesures sont-ils optimistes quant à trouver rapidement un emploi ?

Dans cet épisode, Alexandre reviendra également sur les annonces de Jean Castex le 27 septembre dernier dans le journal “Les Échos”. Le chef de gouvernement a avancé l’objectif de former 1,4 million de demandeurs d’emploi en 2022 et annoncé l’extension des aides au recrutement d’alternants pour les demandeurs d’emploi de longue durée.

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- Bonjour Alexandre. - Bonjour. 

Alexandre Judes, je rappelle que vous êtes économiste. Vous faites partie du Hiring Lab d'Indeed pour la France, le métamoteur de recherche d'offres d'emploi. Alexandre, vous avez mis en ligne le 22 septembre dernier, votre dernière enquête sur le comportement des chercheurs d'emploi. Une enquête réalisée sur la période de juillet-août. 

Première question : quels sont les objectifs de cette enquête ? Et puis, d'un point de vue méthodologie, comment est-ce qu'elle a été réalisée ? Combien de personnes ont été sondées ? Bref, comment ça s'est passé, tout ça ? 

Alors, l'objectif de l'enquête, c'est vraiment de mieux comprendre les besoins et la stratégie des chercheurs d'emploi. On voit un certain nombre de choses sur notre site, en particulier les recherches, on voit les clics, on voit les candidatures. 

Mais on voulait se renseigner, avoir des informations plus précises sur ce qui motivait, si vous voulez, les chercheurs d'emploi à réaliser ces actions bien en amont. 

Donc, on va essayer de regarder la situation des chercheurs d'emploi vis-à-vis de l'emploi : pourquoi ils cherchent, pourquoi ils ne cherchent pas ? 

Est-ce que ces recherches sont urgentes ? Pourquoi elles sont urgentes ? Et ainsi de suite. 

Et d'un point de vue méthodologie, on a demandé tout simplement à un institut de sondage de réaliser pour le compte d'Indeed sur 4 000 personnes qui résident en France métropolitaine, âgées de 18 à 64 ans, de poser un certain nombre de questions sur la situation de ces personnes au regard de l'emploi. 

Et c'est une enquête qui va venir en complément des points qu'on fait très, très régulièrement, cette fois-ci sur le côté offre donc, le baromètre, on va dire, employeurs où on va regarder l'évolution des offres. 

Et donc, en face de ce baromètre qu'on réalise depuis le début de la crise, on va maintenant avoir ce baromètre chercheur d'emploi qui est cette enquête pour mieux comprendre les besoins et les stratégies des chercheurs d'emploi.

Alors, comment est-ce que vous, vous assurez ou en tout cas, l'institut de sondage s'assure de la représentativité des personnes qui sont sondées ? 

Alors, l'institut de sondage, elle va donc poser des questions dans sa population d'échantillon.  Et nous, ce qu'on va faire, c'est qu'on va recalibrer les données et les réponses en fonction du profil de la population active. 

Et le profil de la population active, on le définit avec un certain nombre de paramètres, notamment l'âge, le niveau de diplôme, la région de résidence et ainsi de suite. 

À quelles questions ont dû ou doivent répondre les sondés ? 

Alors, il y a essentiellement deux types de questions, je dirais. 

Le premier type, c'est des questions sur la situation personnelle de la personne, donc essentiellement son âge, la région de résidence, le niveau de formation, le secteur dans lequel il est salarié ou dans lequel il recherche. 

Donc ça, c'est le premier type de questions, je dirais. 

Et le second type de questions, c'est principalement sa situation vis-à-vis de l'emploi. Est-ce qu'il recherche activement ? Est-ce qu'il ne recherche pas activement ? Pourquoi il recherche ? Quel est son sentiment sur l'évolution du marché du travail dans le contexte de la crise et ainsi de suite. 

Alors, si on parle maintenant de la situation des candidats potentiels vis-à-vis, par exemple, de la recherche d'un emploi, quel profil avaient finalement les personnes qui ont été sondées en juillet et en août ? 

Alors, en juillet et en août, on avait à peu près un peu plus d'un tiers des personnes qui déclaraient ne pas rechercher et qui disaient ne pas le faire à l'avenir. Donc probablement soit des personnes qui sont vraiment très satisfaites avec leur emploi actuel ou des personnes qui, du coup, ne font pas du tout partie du marché du travail parce qu'elles ne cherchent pas et elles ne pensent pas le faire à l'avenir. 

Et les deux autres tiers, alors ça va se décomposer essentiellement entre les personnes qui vont rechercher activement et les personnes qui ne recherchent pas activement ou qui pourraient rechercher à l'avenir. 

Ce qui est très intéressant, c'est que parmi les personnes qui recherchent un emploi activement, il y en a à peu près la moitié qui recherchent un emploi en urgence. C'est à peu près en août, 11,4 % des sondés sur les personnes qui recherchent activement en urgence. Et c'est en augmentation, on prend plus de 2 points par rapport à juillet. 

Et les candidats, dans quelles mesures, finalement, ils sont optimistes quant à leurs chances de trouver un emploi rapidement ?

L'image qui se dégage, c'est que la plupart des gens sont assez confiants quand il s'agit de retrouver un emploi sous un mois. Donc un mois, c'est quand même du très, très court terme dans la recherche d'emploi. En général, c'est trois à six mois pour retrouver un emploi pour une grosse partie de la population active. Il y a 20 % des gens qui disent qu'ils sont confiants de pouvoir trouver un emploi sous un mois, 26 % qui se déclarent plutôt confiants. Donc déjà, si on additionne ces deux chiffres, on arrive à 46 %, donc quasiment la moitié des sondés et le reste, donc il y a un tiers des gens qui sont plutôt neutres par rapport à ça et un peu plus de 20 % qui n'ont pas confiance. 

Quelles étaient les principales raisons, finalement, qui motivaient la recherche d'un emploi chez les candidats sondés cet été ?

Alors, c'est toujours la même raison qui revient et ça, c'est constant dans toutes les enquêtes, pas seulement la nôtre. Vous imaginez bien que la première raison, c'est des motivations financières. Donc, les personnes qui recherchent un emploi veulent d'abord un salaire plus élevé. Donc ça, c'est vraiment l'explication numéro un à plus de 17,5 %, donc, elle revient bien avant toutes les différentes raisons qu'on a listées. 

La deuxième raison qui d'ailleurs, peut se rapprocher de la première raison, c'est l'évolution de carrière. Les sondés, les personnes et les actifs ont envie de faire évoluer leur carrière. Évoluer dans sa carrière, ça veut dire aussi, évidemment, avoir probablement un salaire plus élevé. Mais ça veut dire aussi monter en responsabilité et peut-être avoir la gestion d'une équipe, faire de nouvelles tâches, enrichir ses compétences. 

La troisième raison, qui est aussi une raison, on va dire, un peu matérielle, c'est l'amélioration des avantages. On peut penser que ce n'est peut-être pas uniquement des avantages pécuniaires, ça va peut-être être des avantages en termes, je ne sais pas, de voiture de fonction, en termes de mutuelle, en termes, voilà, de privilèges que les entreprises peuvent pouvoir proposer à leurs salariés et à leurs collaborateurs. 

Et seulement après, si j'ose dire, vous avez toutes les raisons. Donc, il y a par exemple un problème avec l'entreprise ou le management actuel qui revient dans un peu plus de 10 % des réponses des personnes qui recherchent des horaires plus stables et plus réguliers. La problématique du raccourcissement du trajet domicile-travail. Mais là, on est sur des ordres de grandeur. C'est à peu près 5 % des réponses. 

Ça arrive bien derrière les considérations financières et les considérations d'avantages et d'évolution de carrière.

Alors, considérations financières qui doivent également aussi être l'explication pour celles et ceux qui recherchent pour le coup urgemment. 

Exactement. Je vous parlais tout à l'heure de l'augmentation assez sensible de la part des personnes qui recherchent en urgence. Et ce qu'on constate sur les enquêtes de juillet et d'août, c'est qu'effectivement, quand on pose la question aux personnes qui recherchent en urgence, pourquoi ils recherchent en urgence, la première explication qui arrive dans les réponses à près de 40 % en août, c'est insuffisance de l'épargne. 

Donc, des personnes qui ont, pour ainsi dire, un peu épuisé leur matelas financier et qui recherchent en toute urgence un emploi qui serait leur source de revenus. 

Bien derrière, on a d'autres explications. On a des jeunes qui entrent sur le marché du travail et qui veulent à tout prix trouver un emploi maintenant pour ne pas laisser passer le temps et se faire rapidement une première expérience. 

Et encore derrière, un certain nombre de situations, on va dire, particulières, des personnes qui déménagent, qui arrivent dans une nouvelle localité, qui veulent trouver un emploi, des personnes qui sont en fin de droits à Pôle Emploi. 

Alors là, on vient d'expliquer effectivement les raisons de la recherche urgente. Dans le même temps, à l'inverse, il y a des gens qui prennent un peu plus leur temps. Est-ce qu'ils expliquent aussi pourquoi c'est moins urgent pour eux ? 

Exactement. On a posé donc la même question aux personnes qui cherchaient activement, mais qui estimaient que cette recherche n'était pas urgente. Et la première explication qui arrive, pour le coup, ce n'est pas le sujet de l'épargne, ça arrive en deuxième position, dans à peu près 18-19 % des réponses. La raison qui arrive en premier, c'est cette fois-ci la présence de personnes à charge, en général des enfants, moins souvent des seniors. Donc la présence des personnes à charge, en particulier en juillet, expliquait pour 23 % des sondés, le fait que ces personnes-là recherchaient activement, mais n'étaient pas pressées, entre guillemets, de trouver un emploi. Ça diminue en août, on passe à 19 %. 

Une chose qui est intéressante à noter aussi, c'est le contexte sanitaire qui revient aussi pour 17 % des sondés dans le fait qu'ils ne sont pas pressés de prendre un emploi. 

C'est quelque chose qu'on regarde aussi assez précisément. On est en train de faire une étude, d'ailleurs les résultats sont sortis sur les Etats-Unis, mais sur les employeurs qui demandent une vaccination obligatoire. Et ça peut poser des problèmes sur la part de la population qui est encore un peu réticente à se faire vacciner. Donc, le contexte sanitaire est aussi une explication qui est donnée pour un certain nombre de sondés qui ne veulent pas tout de suite revenir sur le marché du travail parce qu'ils ont peur, peur de la contamination. Ils ont peut-être aussi des problématiques de santé qui font qu'ils ont des raisons de craindre le coronavirus.

Ce sont des candidats qui postulent dans leur domaine d'activité ou qui cherchent à faire autre chose, à se réorienter même ? 

Alors, les candidats sont assez mobiles quand on leur pose la question, puisque quand on regarde la part des personnes qui déclarent pouvoir travailler dans n'importe quel domaine qui leur serait accessible ou dans un domaine totalement différent de ceux qu'ils ont connus auparavant, on arrive sur des pourcentages qui sont autour d'un tiers, 36 %. Donc, ce n'est quand même pas négligeable. 

Il y a toujours 26 % des gens qui nous disent qu'ils cherchent dans le même secteur d'activité que le dernier poste qu'ils ont occupé, 22 % des gens qui cherchent dans un secteur d'activité qui est en lien avec le dernier poste occupé. Mais encore une fois, on a quand même un bon tiers des chercheurs d'emploi qui nous disent qu'ils sont quasiment ouverts à tous les domaines. 

Alors, Alexandre, on va enchaîner avec l'actualité. Dans une interview publiée le 27 septembre dans Les Echos, le chef de gouvernement a avancé l'objectif de former 1,4 millions de demandeurs d'emploi en 2022 et Jean Castex a annoncé l'extension sur toute l'année 2022 des aides au recrutement d'alternants pour les demandeurs d'emploi de longue durée. 

Alors, pour les demandeurs d'emploi de longue durée qui comptent désormais d'ailleurs pour plus d'un inscrit sur deux à Pôle emploi, l'objectif annoncé, c'est de rendre plus incitatif le bénéfice des contrats de professionnalisation pour adultes. Que pensent, de ces mesures, les économistes du Hiring Lab et en gros, est-ce qu'il faut transposer ce qui marche pour les jeunes, pour les séniors ? 

Oui, c'est ça. Le contrat de professionnalisation était déjà accessible aux plus de 45 ans, je crois, depuis 2011. L'idée, c'est évidemment de faire de ce concept de formation tout au long de la vie une réalité. Vous savez que la formation professionnelle a fait l'objet d'une réforme il y a deux ans. Il y a plein de choses qui ont été faites. Il y a eu une nouvelle application, CPF, qui a été mise en route. Il y a eu plus de pouvoir aussi qui ont été donnés aux filières professionnelles et aux régions pour pouvoir définir et homologuer des formations.Donc, l'entretien des compétences tout au long de la vie est vraiment quelque chose sur lequel on insiste beaucoup sur Indeed, parce que c'est la meilleure sécurité in fine du chercheur d'emploi. 

Le fait de pouvoir se maintenir à jour, de pouvoir acquérir de nouvelles compétences qui correspondent aux besoins des entreprises, c'est une sécurité qui est beaucoup plus puissante que n'importe quel dispositif de protection sociale. 

Ça rend le chercheur d'emploi autonome. Ça lui donne le pouvoir vis-à-vis des employeurs. Il peut s'organiser beaucoup plus facilement. Donc, c'est vraiment quelque chose sur lequel on ne saurait trop insister. Donc, effectivement, toutes ces mesures vont dans le bon sens. 

La réforme de la formation professionnelle est peut-être un peu trop récente pour qu'on en tire des conclusions définitives, mais il faut que les chercheurs d'emploi aient toujours présent à l'esprit, qu'ils doivent se former, ils doivent continuer à se former, ils doivent rester curieux, sans cesse aller vers de nouveaux outils, de nouvelles compétences pour justement pouvoir rester autonomes sur le marché du travail. 

Alors, il y a ce plan compétences, et puis d'un autre côté, on parle aussi de hausse des salaires. Elisabeth Borne, la ministre du Travail, va rencontrer les représentants de 36 branches professionnelles pour discuter revalorisation des salaires, notamment pour ceux dont la rémunération est inférieure au SMIC. 

Alors, si on parle de ce plan de compétences, qu'on parle aussi de la hausse des salaires, c'est une façon finalement de rendre les emplois plus attractifs et donc aussi de contrer la pénurie de main d'œuvre ? 

Clairement. Alors il y a une distinction à faire entre les secteurs dits attractifs et les autres, évidemment. Et dans les secteurs qui sont, on va dire, peu attractifs, il y a une grosse partie du manque d'attractivité qu'on peut réduire effectivement aux salaires qui sont des salaires proches du SMIC, pas très élevés et il est probablement nécessaire dans un certain nombre de secteurs de revaloriser ces métiers qui sont relativement mal payés. 

Mais il faut aussi faire attention à l'évolution des prix. Là, c'est la problématique du pouvoir d'achat. C'est bien d'avoir un salaire élevé, c'est mieux d'avoir accès avec son salaire à un éventail de biens qui satisfassent les besoins des consommateurs. Vous savez, par exemple, que si on prend la part de l'immobilier dans le budget des ménages, cette part en pourcentage, ne fait que grossir depuis 20 ans. 

Donc, le fait que vous avez une part de l'immobilier qui est le premier budget des ménages qui grossit, vous avez moins de budget pour le reste : pour les loisirs, pour la culture, pour les voyages et ainsi de suite.Si on regarde le marché du travail de façon globale et les salaires de façon globale, il faut aussi regarder l'évolution d'un certain nombre de prix, en particulier de l'immobilier, premier budget des ménages, parce qu'on n'a pas envie de lancer une spirale inflationniste. Vous savez aussi qu'on parle énormément d'inflation en ce moment. On n'a pas envie d'alimenter une inflation par une hausse des salaires qui serait une hausse globale. 

Donc, revalorisation des salaires dans les branches qui ont du mal à attirer, mais peut-être vigilance sur le reste des salaires et surtout, s'il y a des réformes à faire, s'intéresser peut-être à des choses comme le logement, des choses qui, vraiment, vont impacter négativement le pouvoir d'achat parce que les entreprises ne vont pas pouvoir augmenter les salaires si elles n'ont pas les marges. 

Donc ça, c'est toujours quelque chose qu'il faut garder à l'esprit. 

- Merci beaucoup, Alexandre. - Merci à vous.