Rarement le marché du travail a été aussi tendu qu'aujourd'hui. Les pénuries de main d'œuvre font inévitablement changer le rapport de force entre candidats et recruteurs, entre employeurs et salariés. Pour faire face à la guerre des talents, les entreprises peuvent offrir des avantages variés, repenser leur attractivité et transformer leurs pratiques de recrutement en automatisant les tâches à faible valeur ajoutée.

Depuis le début de la crise, Indeed suit de près l’activité du marché du travail. Selon la dernière mesure au 21 janvier 2022, le volume d’offres d’emploi en France était de 29,7 % supérieur à son niveau pré-pandémie, soit une augmentation de +3,2 points par rapport au mois dernier. Le volume d’offres d’emploi poursuit donc sa hausse, malgré la propagation du nouveau variant omicron. 

Le graphique en courbes illustre l’évolution, par rapport à la référence du 1er février 2020, du volume d’offres d’emploi en France (en abscisses) en fonction du temps (en ordonnées), jusqu’au 4 février 2022. Les données, corrigées des variations saisonnières, proviennent d’Indeed.

En ce début d’année, les pénuries de main-d'œuvre font l’actualité et la guerre des talents fait rage. La "Grande démission" qui a déferlé aux États-Unis touche désormais la France. La dernière enquête de l’ANDRH estime que 80% de ses membres sont confrontés à des difficultés de recrutement.

La crise sanitaire vient mettre l’accent sur ce phénomène, déjà latent, et met en péril l’activité de plusieurs secteurs économiques. Cette situation fait inévitablement changer le rapport de force entre candidats et recruteurs, entre employeurs et salariés. Pour exemple, de récentes négociations en France dans le secteur de l’hotellerie-restauration ont abouti à une revalorisation des bas salaires, un élément essentiel dans l’attractivité de ces métiers.

Au-delà de l’inadéquation entre l’offre et la demande, les employeurs font face à un autre phénomène plus difficile à mesurer : les salariés remettent de plus en plus en cause le pacte social et moral aujourd’hui proposé par les entreprises. Entre isolement, remise en question du sens, désyndicalisation, importance des valeurs responsables et environnementales, équilibre vie pro/perso, pour ne citer que cela, les actifs d’aujourd’hui rebattent les cartes et la crise a joué un rôle de catalyseur du phénomène. 

Forts d’un pouvoir plus important, les candidats recherchent des postes plus épanouissants et les employés raisonnent en ces termes : "donnez-moi ce dont j'ai besoin pour m'épanouir, ou j'irai voir ailleurs". 

La bataille ne fait que commencer

Dans son bilan de l’année 2021, l’économiste Alexandre Judes du Hiring Lab, souligne qu’au-delà des bons chiffres macroéconomiques, la sortie de crise s’avère toujours à hauts risques. Le marché du travail français reste pénalisé par une mauvaise adéquation entre l’offre et la demande, en raison d’une faible efficacité des institutions du marché du travail (formation, négociation collective notamment), des barrières à la mobilité géographique et sectorielle, ou un coût du travail élevé dans certains secteurs. 

Dans ce contexte, les employeurs devront faire preuve de réflexion et de créativité pour conserver les bons talents, développer des compétences pour combler les lacunes critiques et attirer de nouvelles personnes. Cela peut passer par la culture, les valeurs, mais aussi par des avantages très concrets offerts aux salariés. 

Le télétravail n'est que la partie visible de l'iceberg

Pendant de nombreuses années, les entreprises ont proposé le télétravail comme un moyen d'offrir plus de flexibilité. Si cela fonctionne pour certains, ce n’est souhaitable pour tous. Certaines personnes aiment simplement aller au bureau. De plus, ces solutions de flexibilité ne s’adaptent pas partout, le télétravail n'étant pas possible pour de nombreux métiers. 

La bonne nouvelle est qu'il existe de nombreuses options en dehors du télétravail pour attirer les talents : garde d'enfants sur place, horaires décalés ou à la demande, flexibilité des jours de repos, formation, etc.

Passer plus de temps avec les talents

La difficulté principale pour les recruteurs est le manque de temps. Les tâches opérationnelles (recherche et sélection des candidats, planification des entretiens… ) consomment encore la majorité du temps d'une équipe de recrutement. L'automatisation de ces tâches peut aider à consacrer plus de temps à des stratégies qui auront un fort impact, sélectionner les outils qui leurs permettent de mesurer d’ajuster ces stratégies, mettre en place un processus de recrutement inclusif basé sur les compétences, rechercher dans le vivier de talents des compétences transférables, investir dans la marque employeur…

Les candidats d’aujourd’hui ont plus que jamais le choix et l’envie de décider d’où travailler, pour quelle entreprise et comment. Les employeurs qui ne s’adaptent pas à ce changement de rapport de force pourraient passer à côté des meilleurs talents.