La pandémie de Covid-19 a interrompu la mobilité géographique en plongeant le monde dans une crise économique. Les possibilités d'emploi se sont temporairement raréfiées et les restrictions sanitaires ont empêché de nombreuses personnes de se rendre dans un autre pays pour y travailler. Alors que les restrictions ont maintenant été assouplies, comment évoluent les recherches d'emploi transfrontalières ? Et pourquoi ces évolutions peuvent modifier l'avenir de la migration internationale en Europe ?

Pour répondre à ces questions, Indeed, par le biais de son laboratoire d’études économiques Hiring Lab, a réalisé un vaste rapport sur la migration professionnelle actuelle et ses perspectives. Ce rapport s'appuie sur des données relatives à 350 millions de recherches d'emploi transfrontalières entre janvier 2019 et avril 2022 , ainsi que sur des enquêtes menées auprès des employeurs et des travailleurs dans 12 pays d’Europe en mars 2022. 32 pays, notamment composés de l’Union européenne, de la Suisse et du Royaume-Uni sont concernés par l’ensemble de l’étude.

La mobilité professionnelle reprend en Europe

La recherche d'emploi et les migrations professionnelles ont connu un rebond conséquent après avoir atteint le creux de la vague lors de la pandémie. Les chercheurs d'emploi européens sont de plus en plus nombreux à candidater dans d'autres pays, tant en Europe qu'au-delà, tandis que ceux basés hors d'Europe sont de plus en plus nombreux à rechercher un emploi au sein du vieux continent. 

  • Les recherches transfrontalières par les chercheurs d’emploi européens sont toujours inférieures de 10 % à leur moyenne de 2017/2019, mais elles sont en forte hausse par rapport au creux liée à la pandémie (-32 %).
  • Les recherches entrantes depuis l'extérieur de l'Europe sont quant à elles supérieures de 38 %, alors qu'elles avaient atteint leur niveau le plus bas lors de la pandémie (-31 %). 

Ces tendances laissent entrevoir un potentiel important de nouveaux flux de travailleurs migrants vers les marchés du travail européens les plus attractifs à mesure que la pandémie s'estompe.

Migration professionnelle : quel est aujourd’hui le pays le plus attractif en Europe ?

Le Luxembourg, la Suisse, le Royaume-Uni, l'Allemagne et l'Irlande sont les quatre pays avec le plus fort excédent de recherches d'emploi entrantes et sortent donc en tête du classement. A noter que le Royaume-Uni reste dans le top 3 du classement malgré la baisse d'intérêt des candidats basés dans l'UE pour les emplois britanniques après le Brexit. La France, elle, se classe en septième position.

Pays les plus attrayants
pour les candidats internationaux
Luxembourg
Suisse
Royaume-Uni
Allemagne
Irlande
Pays-Bas
France
Belgique
Espagne
Portugal

Plus précisément, Indeed constate que les pays à haut niveau de revenus sont les plus attractifs pour les chercheurs d'emploi internationaux. 

En outre, les pays où le marché du travail se remet plus rapidement de la crise économique provoquée par la pandémie - comme le Danemark, le Luxembourg et le Royaume-Uni renforcent leur attractivité, les candidats nationaux étant devenus moins susceptibles de chercher des emplois à l'étranger. 

Enfin, des pays comme la Belgique, la Tchéquie et l'Espagne, où le marché du travail se redresse plus lentement, figurent parmi ceux où les recherches d'emploi à l'étranger ont le plus augmenté, ce qui suggère qu’ils sont les plus susceptibles d'être des sources de migration économique sur le continent dans les mois à venir.

La guerre en Ukraine, un séisme pour la migration professionnelle ?

Les marchés du travail européens sont également impactés par les migrations pour des raisons non économiques. L’évolution de la recherche d'emploi reflète en effet systématiquement les réactions humaines aux événements géopolitiques.

Cette année, des millions de personnes ont fui la guerre en Ukraine et, si de nombreux réfugiés sont encore en mouvement au moment de la rédaction du présent rapport, se concentrant sur les besoins fondamentaux tels que la nourriture, le logement et la stabilité, le conflit est déjà visible dans les modèles de recherche d'emploi.

Ainsi, l'utilisation de la nouvelle version ukrainienne du site d'Indeed en Pologne - le pays qui a accueilli le plus de réfugiés ukrainiens - a augmenté rapidement pour représenter environ 1,5 % de toutes les recherches d'emploi dans le pays à la fin mars 2022.

Quels sont les principaux leviers incitatifs vers la migration professionnelle ?

Le rapport met en exergue trois éléments facilitant grandement la recherche d’emplois transfrontalière : les possibilités de télétravail, la rémunération et la pénurie de main-d'œuvre.

Indeed constate dans un premier temps que les chercheurs d'emploi étrangers sont environ deux à trois fois plus susceptibles de rechercher et de postuler à des emplois en télétravail que les demandeurs d'emploi nationaux.

Ceci s’explique par le fait que les emplois à distance sont susceptibles d'attirer un bassin mondial de travailleurs, voire d'être délocalisés si les employeurs sont disposés à surmonter les difficultés pratiques.

Dans un deuxième temps, les offres d'emploi dans les professions hautement rémunérées - tels que la gestion, la finance et d’autres services aux entreprises - et dans d'autres professions où les postes sont difficiles à pourvoir - comme les soins infirmiers, la médecine, l'ingénierie, la construction ou l’informatique - attirent environ deux fois plus de demandeurs d'emploi étrangers que les autres emplois.

Cela signifie que les employeurs peuvent puiser dans un vivier mondial de talents et qu'ils doivent en être conscients dans leur stratégie d’attractivité des talents et d'image de marque.

Enfin, le rapport montre également que 64 % des entreprises vont certainement ou probablement embaucher des travailleurs étrangers en 2022. En effet, la pénurie de main-d'œuvre est la principale motivation pour l'embauche de personnel étranger et de nombreux employeurs prennent des mesures concrètes pour attirer des candidats (publication d’offres à l'étranger ou en langue étrangère, mobilisation d’agences de recrutement étrangères ou collaboration avec des recruteurs internes ayant des compétences en langues étrangères…)

Ainsi, tout laisse à penser que les éléments sont réunis pour que les mobilités transfrontalières poursuivent leur progression, au sein comme vers le Vieux continent, ce qui forcera les entreprises comme les responsables publics à prendre en compte les spécificités d’une main-d'œuvre internationalisée.