Jobnews by Indeed, c’est le podcast qui décrypte l’actualité de l’emploi. 
Alexandre Judes, économiste en charge du Hiring Lab d’Indeed fait le point sur les offres d’emploi, le comportement des candidats, les métiers qui recrutent.

Alors que nous sommes à moins d’un mois du premier tour de l’élection présidentielle, nous allons nous intéresser dans cet épisode au salaire et au pouvoir d’achat. On va parler d’emploi également, un sujet insuffisamment traité par les candidats pour 65% des français selon une étude Indeed en partenariat avec Harris Interactive…

Avec Alexandre Judes, économiste au Hiring Lab d’Indeed, nous reviendrons également sur les objectifs et conclusions d’un sondage Opinion Way pour Indeed baptisé « les actifs et le pouvoir d’achat » 1036 personnes représentatives de la population des actifs ont été interrogées du 31 janvier au 03 février dernier.

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Et alors que nous sommes à moins d'un mois du premier tour de l'élection présidentielle, nous allons nous intéresser dans ce troisième épisode de Jobnews aux salaires et au pouvoir d'achat. On va parler d'emploi également, un sujet insuffisamment traité par les candidats pour 65 % des Français, selon une étude Indeed, en partenariat avec Harris Interactive.

Bienvenue dans la saison 2 de Jobnews by Indeed. C'est toujours le podcast qui décrypte l'actu de l'emploi. Un programme à retrouver dans son intégralité sur jobradio.fr, disponible également sur l'ensemble des plateformes de diffusion de podcasts.

Bonjour Alexandre Judes. Bonjour.

Je rappelle, Alexandre, que vous êtes économiste au Hiring Lab d'Indeed, le méta-moteur de recherche d'offres d'emploi. Un sondage OpinionWay pour Indeed, baptisé « Les actifs et le pouvoir d'achat », a été réalisé dernièrement. 1 036 personnes représentatives de la population des actifs ont été interrogées, et cela, du 31 janvier au 3 février dernier. Alexandre, quels étaient les objectifs de cette enquête ?

Les objectifs de l'enquête, c'était de revenir un peu sur le sentiment des Français, pas seulement ceux qui travaillent, des actifs globalement, que ce soit des gens qui soient en emploi ou des gens qui sont en recherche d'emploi, justement sur la variable salaire, qui est une variable qui revient très, très souvent, nous, dans nos enquêtes, à nous, quand on demande à un certain nombre de chercheurs d'emploi ce qui les motive le plus.

Le salaire arrive constamment en première position. Et donc, dans ce contexte d'augmentation générale des prix, on a voulu en savoir un peu plus sur le ressenti des sondés sur la question du pouvoir d'achat.

Alors, on va s'intéresser aux principaux enseignements évidemment de cette étude. Même si la réponse à cette question semble évidente, les actifs français sont-ils préoccupés par leur pouvoir d'achat ?

Alors, la réponse est oui, évidemment, puisque quand on regarde les résultats de l'enquête, on a près de deux actifs sur trois qui nous disent que la question du pouvoir d'achat n'est pas assez traitée dans l'actualité et en particulier dans le cadre de l'élection présidentielle.

Donc, c'est vraiment une question qui, en ce moment, mobilise un certain nombre de personnes, notamment encore une fois en raison du contexte inflationniste actuel, puisqu'on est à peu près en ce moment en France sur 2,7-2,8 % d'inflation sur un an.

1 269 euros net par mois. Ça, c'est le montant actuellement du SMIC. Que pensent les actifs français du SMIC, de son montant, notamment ?

Alors d'abord, qu'il ne suit pas assez l'inflation. On est à 84 % des sondés qui nous disent que le SMIC ne suit pas assez l'inflation. Donc c'est quand même une proportion très, très importante, sachant que vous savez que même parmi les économistes, il y a énormément de débats sur quel doit être le niveau approprié du SMIC.

La théorie économique nous dit que plus on a un salaire minimum qui est élevé, plus on « détruira » entre guillemets des emplois puisque des entreprises qui auraient pu créer des emplois rémunérés en dessous du SMIC ne le feront pas. Il y a un équilibre à trouver entre un niveau du SMIC qui permette un pouvoir d'achat qui satisfasse le plus grand nombre et cette nécessité aussi de pouvoir permettre aux entreprises de continuer à créer des emplois.

Puisqu'on parle des actifs français, est-ce qu'on connaît ceux qui sont les plus favorables à une revalorisation du SMIC ?

C'est bien évidemment les personnes qui sont au premier chef concernées par le niveau du SMIC. On a les employés qui sont à 89 % favorables à une meilleure revalorisation du SMIC, les ouvriers 87 %, les professions intermédiaires 86 %. Et quand on regarde par exemple les cadres, on est à 77 %, donc en dessous de la moyenne que je vous ai communiquée tout à l'heure de 84 %.

Donc, d'abord, les employés, les ouvriers et les professions intermédiaires qui sont les personnes qui ont la plus grande probabilité de se voir proposer des emplois rémunérés au SMIC.

Et plutôt qu'une revalorisation du salaire minimum, des actifs pensent aussi que l'on peut peut-être activer d'autres leviers. À quoi pensent-ils, justement ?

Effectivement, c'est la question plus générale des primes, de la participation du treizième mois. Ça a, pour les entreprises, un avantage, c'est que c'est peut-être moins récurrent, en particulier les primes, c'est-à-dire que quand le SMIC est augmenté, ça va être un coût qui sera récurrent pour les entreprises.

La possibilité de verser des primes, ça donne plus de liberté quand les résultats de l'entreprise, quand les marges sont bonnes. Quand les résultats sont bons, on va pouvoir donner un peu plus de primes aux salariés et de façon symétrique, quand il y a une crise économique, quand les résultats ne sont pas bons, on va peut-être pouvoir proposer un peu moins de primes.

Dans quelles proportions maintenant les actifs sont-ils prêts à accepter un job rémunéré au SMIC ?

Alors, ça varie encore une fois en fonction de la situation des sondés. En règle générale, si on regarde l'ensemble des sondés, l'ensemble des actifs français, on a seulement 39 % d'entre eux qui seraient prêts à accepter un emploi au SMIC et moins d'un actif sur 3, donc à peu près 30 % qui estiment que les salariés au SMIC pourraient trouver un emploi mieux payé s'ils le voulaient vraiment.

Mais quand on regarde les personnes qui sont en recherche active d'emploi, on passe tout de suite à un pourcentage de 58 % de personnes qui seront prêtes à accepter un emploi au SMIC. Donc, quand vous êtes sur le marché du travail, vous avez plus de la moitié des gens qui vous disent « oui, le SMIC finalement, il est à un niveau qui ne me dérange pas tant que ça » puisqu'ils seraient prêts à accepter l'offre d'emploi.

Mais quand vous êtes un actif, et donc ça, ça englobe les personnes qui sont en emploi, forcément, il y a peut-être moins d'appétence pour prendre un travail au SMIC, puisqu'on peut imaginer qu'un certain nombre d'entre eux sont déjà à un niveau supérieur au SMIC.

Avoir un emploi peu rémunéré pourrait avoir un impact sur la carrière de celui qui l'accepte. C'est ce que pensent les actifs qui ont été sondés ?

Oui, c'est un sujet qu'on regarde beaucoup chez Indeed, puisqu'on pense que le fait d'accepter un salaire trop faible ou d'accepter un emploi dans un secteur qui a une mauvaise image ou qui distribue de mauvais salaire peut avoir un impact très, très important sur la carrière future et donc va dissuader les candidats potentiels, les chercheurs d'emploi, de rentrer sur le marché du travail. C'est selon nous une des causes du niveau très important du chômage qu'on a en France, de personnes qui refusent d'accepter des emplois dans des secteurs tendus parce qu'ils pensent que ça aura des impacts pendant des décennies sur leur carrière.

D'où le fait qu'on va beaucoup insister sur la mobilité sectorielle, le fait de pouvoir changer facilement de secteur pour justement donner une chance à des personnes qui ont au moins fait l'effort d'accepter des salaires faibles dans des métiers difficiles, de pouvoir par la suite évoluer dans leur carrière.

Et si on regarde les chiffres, on est sur 40 % des personnes interrogées qui ont déjà refusé un emploi qui les intéressait à cause d'un salaire trop faible.

En introduction, j'ai indiqué que pour deux Français sur trois, le sujet de l'emploi n'était pas suffisamment traité par les candidats à l'élection présidentielle. Qu'en est-il du pouvoir d'achat ?

Alors, le pouvoir d'achat, le constat il est comparable. On a près de deux actifs sur trois, 64 %, pour qui la question du pouvoir d'achat n'est pas assez traitée dans le cadre de la campagne. Donc, c'est évidemment un des premiers points de préoccupation des électeurs.

Et est-ce que les actifs sondés pensent que leur vote pourrait avoir un impact sur le pouvoir d'achat ou leur pouvoir d'achat, en tout cas ?

On a 42 %, oui, qui sont assez optimistes sur ce point-là et qui pensent que leur situation personnelle pourrait évoluer à la suite de l'élection présidentielle si le ou la candidate qui a leur préférence était élu.

C'est à la fois un sujet de préoccupation, mais c'est aussi une source d'espoir pour les sondés.

Alors, au mois de février, avec Harris Interactive, Indeed a également réalisé une étude sur l'emploi et les attentes qu'ils pouvaient avoir vis-à-vis des candidats à la présidentielle. Est-ce que cette dernière enquête a finalement permis de mesurer les attentes des Français en matière d'emploi ? Quelles sont finalement les mesures susceptibles de les intéresser ?

Alors, en matière d'emploi, on n'a pas eu vraiment de grosse surprise avec cette enquête. On a le sujet de la formation qui est revenu très, très souvent. On a évidemment l'amélioration des indemnisations, des indemnités chômage. On a aussi le sujet de l'égalité salariale, en particulier entre les hommes et les femmes, qui revient pour 51 % des actifs âgés de moins de 35 ans, donc plutôt les jeunes qui anticipent une amélioration de ce côté-là. Donc, ça va, on va dire, dans le sens d'une plus grande égalité sur le marché du travail.

Et on a aussi des préoccupations sur le Code du travail. Donc c'est très général et ça vient plutôt des électeurs de gauche. Je pense qu'ils sont très, très préoccupés par la protection des salariés sur le marché du travail.

Il y a aussi un certain nombre de commentaires qui nous sont remontés sur ce sujet du Code du travail de la part des personnes qui se situent plutôt à droite. Mais ce serait plutôt pour des questions, on va dire, de compétitivité de l'économie française.

Puisqu'on consacre cet épisode à l'emploi et au pouvoir d'achat, on va continuer. Début février, sur le Hiring Lab d'Indeed, vous avez publié un blog post dans lequel vous indiquez que les salaires dans les offres d'emploi avaient globalement suivi l'inflation. Qu'en est-il maintenant des rémunérations dans les métiers des services à la personne et de la santé, des secteurs vraiment en tension ?

Oui, dans les offres d'emploi, ce qui est intéressant, c'est qu'on constate que les salaires suivent l'inflation, c'est-à-dire qu'en moyenne, dans les offres d'emploi sur Indeed, on a une augmentation en décembre 2021 par rapport à décembre 2020, de 2,7 % des salaires qui sont proposés dans les annonces. Donc ça, c'est la bonne nouvelle. Puisque les recruteurs prennent soin de proposer aux candidats potentiels des salaires qui sont automatiquement revalorisés en fonction de l'inflation. Donc ça, c'est plutôt une bonne nouvelle.

En revanche, si on regarde dans le détail des familles de métiers, on a effectivement des métiers, certains métiers en tension, en particulier les services à la personne pour lesquels les salaires proposés ont fortement augmenté sur un an.

Dans la garde d'enfants, par exemple, on est sur des augmentations de salaire proposées de 7 %, de 6 % dans les soins infirmiers, de près de 5 % dans tout ce qui est services de proximité, comme par exemple la coiffure, des choses comme ça, 4,8 % sur les soins personnels et à domicile, 3,6 % sur la propreté et l'hygiène. Donc ça, c'est véritablement des professions pour lesquelles on a eu une augmentation très, très forte des volumes d'offres d'emploi dans le sillage de la pandémie.

Et quand on regarde de l'autre côté du spectre, sur les familles de métiers pour lesquels les salaires proposés dans les annonces n'ont quasiment pas bougé, on retrouve la gestion de projet, les ressources humaines, le transport routier, la vente et la prospection commerciale qui toutes ont des augmentations de salaires qui sont en dessous de 1 %. Pour le coup, là, il y a une vraie perte de pouvoir d'achat comparé aux chiffres de l'inflation, de 2,57%, plus 1 % maximum d'un côté et plus 2,7 % d'augmentation des prix, et donc une vraie perte de pouvoir d'achat.

Mi-février, vous avez réactualisé votre enquête sur le comportement des demandeurs d'emploi avec la prise en compte de données sur les mois de novembre, décembre et janvier dernier. Pour les besoins de l'enquête, 4 000 Français âgés de 18 à 64 ans ont été sondés par l'Institut Lucide. Dans quelle proportion les Français sondés étaient-ils intéressés par le marché du travail ? C'est la première question. Dans quelle proportion étaient-ils en recherche active d'un emploi et comment cela a évolué par rapport aux années précédentes ?

Alors, on a 37 % des sondés qui nous disent qu'ils sont à l'écoute du marché, donc qui restent véritablement ouverts aux sollicitations des recruteurs. Parmi ces 37 %, on en a un peu plus de la moitié qui sont en recherche active.

Et en termes d'évolution, on est vraiment sur des proportions qui sont assez stables. Sur les trois derniers mois, la proportion de personnes qui cherchent de façon active a peut-être augmenté un peu en janvier, mais on est vraiment sur des fluctuations de quelques points de pourcentage. C'est vraiment, sur les trois derniers mois, des chiffres qui sont assez stables.

Qu'elles soient maintenant urgentes ou pas, quelles sont les principales raisons invoquées pour motiver nos recherches ?

Alors, les raisons qui reviennent toujours pour motiver la recherche d'emploi, c'est d'abord le salaire. C'est ce dont on parlait tout à l'heure, notamment par rapport au pouvoir d'achat et aux attentes des actifs pour la campagne présidentielle et même au-delà, puisqu'à peu près 20 % des réponses qui nous disent qu'un salaire plus élevé est la raison numéro 1 pour la recherche d'emploi.

Ensuite, il y a une deuxième famille de raisons sur l'évolution de la carrière et les avantages qui concernent plus les personnes qui vont rechercher de façon non urgente, donc des personnes qui sont peut-être déjà en emploi, mais qui cherchent à améliorer leur situation.

Et ensuite, toutes les autres raisons qui concernent peut-être un peu plus les personnes qui recherchent de façon urgente, comme à des fins d'emploi temporaire ou les horaires plus stables et plus réguliers.

Et Alexandre, comment a évolué la proportion maintenant des sondés qui ne cherchent pas d'emploi et se déclarent malades ou en situation de handicap ?

Ce qui est intéressant, justement, sur les sondés qui ne cherchent pas d'emploi parce qu'ils sont malades ou handicapés, c'est qu'en septembre 2021, on était à peu près à 17-18 % de personnes qui nous disaient ne pas chercher pour cette raison-là.

Ça a baissé en octobre et en novembre puisque le contexte sanitaire s'est un peu amélioré à ce moment-là. Et en décembre, on a détecté donc un effet Omicron où cette proportion est revenue au-dessus de la barre des 17 %, 17,6 %, où donc on a eu un volume non négligeable de personnes qui se sont, entre guillemets, « retirées » du marché du travail, qui ont arrêté de chercher un emploi momentanément au mois de novembre-décembre, justement parce qu'il y avait cette vague Omicron.

La bonne nouvelle, c'est que sur les tout derniers chiffres disponibles de janvier 2022, cette proportion s'est remise à baisser puisqu'on est repassé à 15,7 %.

Et on attend avec impatience les résultats de l'enquête de février pour confirmer cette baisse de proportion de personnes qui se disent en retrait du marché du travail parce qu'elles sont soit malades, soit handicapées. Donc c'est l'indicateur le plus sensible qu'on ait pour mesurer l'impact direct de la pandémie sur la recherche d'emploi.

En conclusion, on peut peut-être parler aussi de mobilité sectorielle. Est-ce que les Français qui sont à la recherche d'un emploi sont prêts à changer de secteur d'activité, à se reconvertir, à faire tout à fait autre chose ?

C'est le débat qu'on avait aussi tout à l'heure sur la mobilité sectorielle. La bonne nouvelle, c'est qu'effectivement, certains candidats font preuve d'une très grande flexibilité puisque 21 % de ceux qui recherchent un emploi en urgence sont prêts à prendre n'importe quel poste. Donc, c'est véritablement les personnes qui à la fois, sont en recherche active et qui, en plus, recherchent un emploi en urgence. Donc 21 % de ceux-là nous disent qu'ils sont prêts à prendre véritablement n'importe quel poste.

Ça, c'est peut-être aussi une lueur d'espoir pour les recruteurs, en particulier dans les secteurs qui ont souffert très récemment et qui sont encore très, très tendus, comme par exemple l'hôtellerie restauration. Il y a, on va dire, un réservoir de personnes qui sont en recherche active urgente, qui, encore une fois, sont prêts à prendre tous les emplois.

Encore faut-il que le matching se fasse au niveau géographique puisqu'on sait, nous, d'après nos données et nos enquêtes, que le facteur géographique est aussi très, très important et qu'il faut que les emplois soient à proximité des candidats, parce que sinon, c'est un facteur de plus pour cette inadéquation de l'offre à la demande. Encore une fois, une lueur d'espoir pour les recruteurs, de ces 20 % de chercheurs d'emploi en recherche active qui recherchent urgemment un emploi, qui sont prêts à prendre n'importe quel emploi.

Eh bien, on va terminer sur cette note positive pour les secteurs qui sont en tension et qui sont donc à la recherche de main d'oeuvre. Merci Alexandre.

Merci à vous.