L'attraction et la rétention du personnel a toujours été un sujet de préoccupation pour le secteur public. Entre ses évolutions constantes, les disparités entre les générations et l’impact des multiples crises sociétales, les défis auxquels sont confrontés les salariés français dans le secteur public restent nombreux. C’est pourquoi, nous avons réalisé une enquête sur le sujet, en collaboration avec OpinionWay. Les résultats de l'enquête sont disponibles sur demande. Malgré leur attractivité sur le papier, les métiers du secteur public sont perçus comme dévalorisés dans la réalité. Décryptage. 

L’attractivité du secteur public : une belle image 

D’après notre étude, les salariés français ont une bonne opinion du secteur public. Ces métiers inspirent, que ce soit à travers leurs missions au quotidien ou en raison de leurs valeurs. Les travailleurs estiment exercer des professions qui ont du sens (86 %) et qui se révèlent passionnantes chaque jour (78 %). Certaines professions séduisent particulièrement, comme la haute fonction publique qui n’a jamais autant suscité d’intérêt

Les personnes interrogées expriment même un sentiment de fierté à travailler dans le public. D’ailleurs, trois quarts d’entre elles se déclarent satisfaites d’en faire partie (74 %). 

Les avantages du secteur public 

Outre les bénéfices intrinsèques de ces métiers, le secteur public présente des atouts non négligeables pour les travailleurs, ce qui renforce son attractivité auprès d’eux. 

Les avantages sociaux 

72 % des personnes interrogées indiquent être sensibles aux avantages sociaux proposés dans le secteur public. Parmi ces avantages attractifs figurent des horaires confortables, des conditions de travail plus agréables, le dispositif de retraite, la complémentaire santé et la prévoyance, qui varient selon le secteur d'activité. De plus, tout au long de leur carrière, les fonctionnaires ont droit à des jours de formation professionnelle. 

La sécurité de l’emploi 

Parmi les garanties offertes par le secteur public, 85 % des salariés français citent la sécurité de l’emploi comme étant une constante depuis 20 ans. Plus de la moitié estime même qu'elle est autant, voire plus présente aujourd’hui qu’il y a deux décennies.  

Cette sécurité de l’emploi donne accès à d’autres facilités, comme les prêts immobiliers, un facteur rassurant pour de nombreux Français. 

Les conditions de travail 

Les conditions de travail, quant à elles, sont considérées comme attractives. Les horaires confortables séduisent 78 % des personnes interrogées.

On peut notamment citer l'accès à certains dispositifs garantissant la santé et la sécurité au travail, un suivi médical au cours de la carrière professionnelle, ou encore la possibilité de télétravail sous conditions.

L'attrait pour certains publics 

Ces atouts précédemment cités ne laissent pas les salariés indifférents, notamment les jeunes. D’ailleurs, « l'envie d'un meilleur équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée, afin d'avoir plus de temps pour soi » est une volonté citée par les générations Z et Y. D’après une autre étude OpinionWay pour Indeed, sur les salariés et les nouvelles aspirations au travail, 88 % des moins de 35 ans déclarent être intéressés par la semaine de 4 jours avec rémunération identique et horaires réduits.

De leur côté, les travailleurs du secteur privé affichent, eux aussi, leur intérêt. Les atouts énoncés les incitent à envisager de rejoindre le secteur public. 

Les limites du secteur public 

Malgré tout, la réalité s’avère plus complexe. En effet, près de 90 % des fonctionnaires français jugent le secteur public en crise. Ce chiffre illustre un secteur qui souffre d’un déficit d’attractivité, particulièrement auprès des plus jeunes actifs. 

La passerelle « public – privé » est une voie à sens unique

Si de nombreux salariés du secteur public semblent prêts à basculer dans le privé, la réciproque n’est pas vraie et cette situation inquiète. 

63 % des salariés du public affirment être prêts à rejoindre le secteur privé, et ils sont 74 % parmi les moins de 35 ans. Plusieurs facteurs les motivent à franchir le cap du privé :

  • la rémunération (83 %) ;
  • de meilleures conditions de travail (65 %) ;
  • l’exercice d’un travail plus intéressant (53 %) ;
  • une quête de sens satisfaite (49 %). 

À l’inverse, les salariés du privé se déclarent très peu attirés par le secteur public. Si le changement dans ce sens a peu de chance de se produire (seuls 15 % y songent), redorer l’image et la communication autour du secteur public seraient des pistes pour renverser la tendance. 

Le manque de recommandation du secteur public 

Actuellement, le secteur public est moins conseillé que le privé. Les fonctionnaires eux-mêmes ont été les répondants les plus réticents à recommander à leurs enfants de travailler dans le secteur public, que ce soit au sein d’une entreprise publique (61 % contre 70 % en moyenne), ou la fonction publique (54 % contre 57 % en moyenne).

Cette situation met en lumière une contradiction majeure : malgré une opinion positive et des avantages plébiscités, ces professions n’attirent pas autant qu’on ne le pense. 

Un nouveau souffle pour les métiers du secteur public 

Pour attirer, le secteur public doit tirer son épingle du jeu. Les personnes interrogées citent plusieurs axes à améliorer, comme la revalorisation avec des avantages fiscaux supplémentaires, une baisse des heures de travail et un départ à la retraite anticipé. D’autres points sont également suggérés. 

Miser sur la rémunération 

La première « opération séduction » passerait par la rémunération. Il s’agit du premier levier identifié par plus de deux tiers des répondants, le salaire reste une motivation essentielle pour travailler. D'ailleurs, le sujet de la revalorisation salariale est régulièrement sur la table en France et fait l'objet de discussions régulières entre le gouvernement et les syndicats. Face à l’inflation, une prime de pouvoir d’achat annoncée en juin dernier par le ministère de la transformation et de la fonction publique a été versée aux agents publics dès octobre 2023. Depuis décembre, ce sont près de 30 000 agents de la fonction publique qui touchent une indemnité de résidence spécifique. Cette mesure concerne ceux qui résident dans l'une des 133 communes concernées près de la frontière suisse.

Adapter le recrutement 

Les modes de recrutement du secteur public sont identifiés comme problématiques aujourd’hui par les salariés. La difficulté d’accès à ces métiers est pointée du doigt. 54 % estiment qu’il faudrait davantage de mises en situation, c'est-à-dire de cas pratiques, et moins de théorie. Ceci permettrait aux candidats de faire leurs preuves dans l'environnement réel du métier.

Concrètement, 62 % des salariés interrogés considèrent que l’augmentation des recrutements de contractuels est une mesure positive pour embaucher de nouveaux profils. Les moins de 35 ans affirment être favorables à la mise en place de recrutements facilités. Pour ce faire, l’État commence à organiser des actions en ce sens, comme la première édition du salon national « Choisir le service public » qui a réuni des milliers de visiteurs en mai 2023 à Paris. 

Notre étude permet de tirer plusieurs enseignements concernant la perception des salariés français et la réalité du secteur public. Les axes d’amélioration identifiés, tels que le mode de recrutement, la rémunération attractive et la revalorisation salariale régulière, pourraient faire renaître le secteur, puisqu’il reste néanmoins bien perçu.