Le marché du travail poursuit son redressement

par Alexandre Judes

Jobnews by Indeed, c’est le podcast qui tous les 15 jours  décrypte l’actualité de l’emploi. 
Alexandre Judes, économiste en charge du Hiring Lab d’Indeed fait le point sur les offres d’emploi, le comportement des candidats, les métiers qui recrutent.

Dans cet épisode, suite aux dernières données d’Indeed, on fait le point sur le niveau de volume d’offres d’emplois par rapport à son niveau de référence pré pandémie. On s’intéresse aux secteurs d’activité les plus dynamiques, à ceux qui continuent de tourner au ralenti. On verra également où se situe la France par rapport aux autres pays en Europe comme le Royaume Uni, l’Allemagne où à l’étranger aux Etats-Unis et en Australie.

Dans cet épisode, Alexandre reviendra également sur l’impact du pass sanitaire sur le marché du recrutement en France, et réagira au baromètre de la confiance de PME ETI publié il y’a quelques jours par le réseau de cabinet d’audit BDO. L’étude révèle que 27%  des dirigeants prévoient de recruter dans les 6 prochains mois, que si les dirigeants restent historiquement optimistes, leur confiance dans l’économie, bien que très élevée, est en recul depuis septembre.

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Bonjour Alexandre Judes. Merci d'être là. Je rappelle que vous êtes économiste et que vous faites partie du Hiring Lab d'Indeed pour la France, le métamoteur de recherche d'offres d'emploi. 

Dans vos données arrêtées au 22 octobre dernier, quel était le niveau de volume d'offres d'emploi par rapport à son niveau de référence prépandémie ? Plus 20 %. On a dépassé un cap assez important. On était à plus 20,5 % au 22 octobre. Donc c'est une augmentation assez significative par rapport aux deux semaines précédentes. Donc c'est évidemment un point très, très positif. 

Alors justement, effectivement, vous le signalez, un chiffre en hausse par rapport au précédent point réalisé deux semaines plus tôt. Comment est-ce qu'on l'explique finalement ? 

Alors, on l'explique par la reprise de l'activité et la reprise des recrutements. Ça, c'est la première chose. Il y a de plus en plus d'employeurs qui vont passer le cap, franchir le cap, et qui vont se mettre activement à chercher des salariés. 

Une autre explication aussi un peu moins positive, c'est qu'il y a moins on va dire de recrutements, et donc il y a une accumulation d'offres sur le site, qui ne trouvent pas forcément preneurs. Et ça, ça s'explique par les problèmes de main d'œuvre dont on parlera tout à l'heure. Mais c'est aussi une partie, une partie de l'explication de cette augmentation du volume d'offres sur le site, c'est-à-dire qu'il y a de plus en plus d'offres. Mais à un moment donné, pour ces nouvelles offres, toutes ces nouvelles offres ne trouvent pas forcément preneurs.

Un volume d'offres d'emploi, en tout cas en hausse.Donc, un pays qui poursuit son redressement. Où se situe justement la France par rapport aux autres pays, que ce soit en Europe, comme au Royaume-Uni, ou en Allemagne, ou à l'étranger, aux Etats-Unis ou en Australie ? 

Alors, malheureusement, encore une fois, assez en retard puisque sur tous les pays que vous avez cités, la France reste bonne dernière. En Australie en particulier, ils sont maintenant à plus de 70 % par rapport au niveau d'avant crise, ce qui est absolument énorme. Pourtant, c'est un pays qui a tendance à reconfiner plus souvent que la France. Ils font des confinements qui sont plus fréquents, mais qui sont aussi plus ciblés. Donc, ils ne sont pas non plus sortis de la pandémie, mais ils ont un marché du travail qui est extrêmement dynamique. Même chose pour les Etats-Unis, où ils sont quasiment à plus 50 %, plus 48 %, où voilà, c'est des marchés du travail qui sont de toute façon beaucoup plus flexibles, avec une réponse à la conjoncture qui est plus dynamique par rapport au marché du travail français, ou même allemand. Les Allemands sont à plus 39 %. Donc ça reste quand même bien plus élevé qu'en France. Mais par rapport aux Etats-Unis et à l'Australie, ils sont quand même encore bien derrière. 

Selon vos dernières données, quels sont maintenant les secteurs d'activité pour lesquels le volume des offres d'emploi a le plus augmenté ? 

Alors, si on regarde par rapport au début de la crise, on est toujours sur le même constat. Les secteurs qui vont vraiment tirer leur épingle du jeu, c'est tout ce qui est santé, soins à la personne, hygiène et propreté, garde d'enfants aussi. Sur tous les secteurs, là, que je viens de vous citer, on est quasiment sur un doublement des annonces. 

Si on regarde cette fois-ci sur les deux dernières semaines, donc on va dire les secteurs qui ont véritablement mené l'augmentation de 4 points dont on parlait tout à l'heure, on reste sur beaucoup de santé, beaucoup de soins personnels, donc soins infirmiers, thérapies et accompagnements, garde d'enfants, soins personnels et à domicile, mais on a aussi l'hôtellerie et le tourisme, et ça, on peut le relier à ce que je vous disais tout à l'heure, c'est-à-dire que certes, il y a plus d'offres sur le site, mais une offre ne se traduit pas forcément par un recrutement derrière, et le fait qu'on ait de plus en plus d'offres, en particulier par exemple dans l'hôtellerie et le tourisme, ça peut aussi vouloir dire qu'on observe des difficultés de recrutement, donc un amoncellement d'offres et malheureusement, moins de recrutements à la clé. 

À l'inverse, quels sont peut-être les métiers dans lesquels les recrutements restent toujours à la traîne, peut-être même en baisse ? 

Alors, depuis le début de l'année, le secteur aérien, qui est le secteur le plus touché maintenant. Depuis quasiment un an qu'on regarde ces données, c'est le secteur aérien qui a le plus de mal.C'est des secteurs qui ont eu un impact très, très important sur leur chiffre d'affaires à cause de la pandémie. Et donc, ça se traduit de l'autre côté, évidemment, en termes d'emplois et en termes de projets de recrutement qui ont été annulés. 

L'industrie aussi reste durement touchée, tout ce qui est ingénierie civile, ingénierie mécanique, et de façon plus ennuyeuse encore, j'ai envie de dire, on a le support informatique et tout ce qui est métiers des données et de la statistique où traditionnellement, c'est relié en général aux investissements en informatique et dans le numérique des entreprises, qui pour beaucoup, ont été coupés pendant la crise, et donc, encore une fois, moins de recrutements dans ces secteurs-là. 

Et pourquoi je dis que c'est peut-être plus ennuyeux encore que le reste, c'est des secteurs qui sont véritablement des secteurs d'avenir, là où il y a énormément de valeur ajoutée, et là où va se jouer la domination dans un certain nombre de secteurs économiques à l'avenir. 

Hormis ces secteurs d'activité-là, on constate quand même malgré tout, une reprise quasi-générale. Est-ce que c'est vrai partout en France, et comment se comporte finalement l'Île-de-France par rapport au reste du pays ?

Alors, il y a de très, très grandes disparités géographiques. Paris et la région parisienne restent très, très fortement touchés. Encore une fois, on l'observe aussi dans les autres capitales européennes, la pandémie a principalement affecté les zones urbaines en termes d'emploi, parce que vous avez une très forte concentration d'emplois dans l'hôtellerie, dans la restauration, dans le tourisme. Donc, c'est principalement ces zones-là qui ont été affectées. Et en Île-de-France, on est à plus 9,2 % en termes de volume d'offres par rapport à l'avant crise, à comparer encore une fois au plus 20,5 % de la moyenne nationale. 

En métropole, la région qui fait le mieux, à part la Corse, c'est la Bretagne, qui a plus 34,3 %, plus 9 % d'un côté pour Paris et plus 34 % pour la Bretagne. 

Alors, les disparités effectivement importantes. Malgré tout donc, l'économie continue son redressement dans le pays. Dans le même temps, l'inflation, elle, elle gagne du terrain avec la hausse du prix des matières premières, par exemple. On parle aussi de la crise de l'énergie, avec des prix qui flambent. En réponse, le gouvernement mise sur les chèques énergie ou l'indemnité inflation. L'économiste que vous êtes est-il finalement inquiet d'une répercussion à moyen et long terme de cette hausse des tarifs sur l'activité du pays ? 

L'inflation, si vous voulez en économie, ça ne commence à devenir vraiment gênant que quand elle est importante et durable. C'est vrai que pour l'instant, on est un peu dans une zone grise.

On ne sait pas vraiment que penser des chiffres, des prix qui nous parviennent. Pour l'instant, au niveau des banques centrales, donc les gens qui vont décider de la politique monétaire et qui vont décider de fixer les taux pour justement combattre cette inflation, il semble y avoir un relatif consensus pour dire que cette inflation est temporaire. 

Alors, ce n'est pas forcément le point de vue des marchés, ce n'est pas forcément le point de vue des chefs d'entreprise, mais pour l'instant, le discours qui est tenu par les banquiers centraux, c'est que cette inflation, elle serait temporaire. 

Pourquoi ils disent ça ? Parce que je pense que dans leur esprit, ils ne veulent surtout pas commettre une erreur de politique monétaire, qui consisterait à remonter les taux avant que la reprise soit totalement lancée, pour ne pas justement casser cette reprise. Ça a été fait en Europe, par exemple, en 2011, où trois ans après la crise des subprimes, on pensait que finalement, le gros de la crise était passé. La Banque centrale européenne, à l'époque, a remonté les taux, et c'est vrai que ça a contribué à affaiblir encore plus la croissance en Europe, alors même que la crise des dettes souveraines allait s'enclencher. Donc, le vrai danger, pour l'instant, je pense qu'il est là. 

Ensuite, quand on constatera des chiffres d'inflation qui sont à la fois élevés et durables, ça, du point de vue de la politique économique, on sait le traiter, c'est-à-dire : il faudra remonter les taux, et il va falloir casser l'inflation avec effectivement cette remontée de taux. L'inflation, c'est véritablement une question de banque centrale, c'est la politique monétaire. 

Après, évidemment, la politique budgétaire, le Gouvernement va pouvoir éventuellement revaloriser un certain nombre de salaires s'il le peut, en particulier les bas salaires, le SMIC. Les employeurs vont pouvoir aussi agir de façon plus ponctuelle sur des salaires dans un certain nombre de secteurs, où par exemple, on a des problèmes d'attractivité. Donc ça, c'est des choses qu'on peut faire. 

Et en attendant, on peut aussi agir sur d'autres prix, par le biais de politiques budgétaires ou d'investissements publics, en particulier sur le prix du logement qui est très, très élevé, qui représente à peu près un tiers des dépenses des ménages et beaucoup plus dans le cas des ménages qui sont les plus modestes. 

Donc là, il y a des politiques publiques à faire de façon extrêmement ciblée, construire de nouveaux logements dans les zones tendues et ainsi de suite pour justement, en attendant, essayer de donner un petit coup de pouce au pouvoir d'achat en période de hausse de prix. 

Alexandre, le réseau de cabinets d'audit BDO, avec le magazine Challenges et l'institut OpinionWay, a publié il y a quelques jours son dernier baromètre de la confiance des PME/ETI. Une étude réalisée auprès de 301 dirigeants d'entreprises entre le 20 septembre et le 1er octobre dernier. Alors, l'étude, qu'est-ce qu'elle nous apprend ?

Eh bien, que 27 % des dirigeants prévoient de recruter dans les 6 prochains mois. Déjà, c'est une bonne nouvelle dans la dynamique actuelle. 

Tout à fait, le fait que les dirigeants de PME reviennent vers le marché de l'emploi, c'est vraiment un point positif puisque les PME, c'est plus de la moitié de l'emploi en France. 

Et les dirigeants de PME sont en général peut-être les derniers à prendre des risques. 

Donc, c'est vraiment un point très, très encourageant, même si, évidemment, il faut regarder en fonction des secteurs. Il reste encore énormément de difficultés de recrutement, en particulier dans le bâtiment, par exemple. Donc, encore une fois, un projet de recrutement ne va pas forcément se traduire par un recrutement. Et j'enchaîne d'ailleurs sur cette enquête parce qu'il y a cette explication-là. 

Si les dirigeants restent historiquement optimistes, 92 % d'entre eux, leur confiance dans l'économie française et mondiale, bien que très élevée aussi, sont en recul depuis la rentrée de septembre. Le besoin de main d'œuvre d'un côté et les difficultés justement, de recruter de l'autre, c'est un vrai problème, et c'est l'analyse que vous faisiez d'ailleurs. 

Exactement. On a toujours ce problème de main d'œuvre. Encore une fois, il est peut-être plus prégnant dans certains secteurs, comme tout ce qui est bâtiment, tout ce qui est hôtellerie et restauration. L'enjeu ici, c'est évidemment de rapprocher l'offre et la demande. 

Donc, il va falloir d'un côté que les recruteurs, peut-être sortent de leur zone de confort, acceptent de recevoir en entretien des personnes qu'elles n'auraient pas reçues par ailleurs, dans une situation plus normale. 

Il faut aussi que les candidats, eux aussi peut-être, se mettent à envisager une carrière un peu plus différente que celle qu'ils imaginaient s'ils ne trouvent pas sur le marché. 

Et puis aussi, il faut que le fonctionnement des institutions du marché du travail en France s'améliore. Quand je dis institutions du marché du travail, c'est quoi ? C'est tout ce qui est dispositif de formation, indemnisation du chômage et ainsi de suite, pour inciter à la fois les candidats et les employeurs à prendre un emploi et à créer des emplois. 

C'est vraiment un effort à trois : pouvoirs publics, candidats, et employeurs. 

Autre sujet d'actualité, mi-octobre, Olivier Véran, le ministre de la Santé, annonçait que 15 000 soignants n'étaient toujours pas vaccinés, 0,6 % du personnel soignant était suspendu ou suspendable. 

Et sur les plus de 2 millions de personnes concernées par l'obligation vaccinale, 2 000 ont ou vont démissionner du fait de leur refus de se faire vacciner.Dans votre blog post du 14 octobre dernier, vous écriviez, à raison, que la vaccination contre la Covid-19 restait un sujet clivant en France. Sur Indeed, quelle est justement la proportion des mentions relatives à la vaccination dans les offres d'emploi, et surtout, quelle est l'évolution constatée au fil de l'épidémie ? 

Alors, on a constaté, dans le sillage en fait du lancement de la campagne de vaccination, on va dire aux adultes et aux personnes en âge de travailler, aux alentours de juillet, une augmentation des offres qui mentionnaient explicitement le fait que pour postuler, il fallait être vacciné contre le Covid. 

Donc, on a eu une augmentation assez importante sur la période de juillet-septembre. Là, maintenant, on est un peu sur un plateau. On est… alors en termes de volume, c’est relativement faible. On est sur 1,1 % des offres qui mentionnent l'obligation, soit de se faire vacciner, soit d'avoir un passe sanitaire. On a défini plein de mots clés pour essayer de cerner un peu cette exigence sanitaire, mais essentiellement, ça tourne autour de la vaccination et du passe sanitaire. Donc, on est aux alentours de, voilà, 1,1 % des offres qui mentionnent de façon explicite, encore une fois, la nécessité d'être vaccinés pour postuler. 

Et les secteurs d'activité maintenant, pour lesquels on retrouve le plus souvent ces mentions ? Et puis, est-ce que vous constatez également des disparités entre régions ? 

Alors, les secteurs d'activité, c'est surtout des métiers présentiels évidemment. La famille de métiers qui arrive en premier, c'est tout ce qui est activité sportive, avec près de 10 % des offres qui mentionne la vaccination obligatoire. 

Ensuite, on a les soins, tout ce qui est soins personnels, hôtellerie et tourisme, restauration, hygiène et propreté. Donc, encore une fois, beaucoup de métiers en présentiel. 

Intéressant de noter que les métiers de la santé d'ailleurs, par exemple les soins infirmiers, ne sont pas d'ailleurs forcément ceux qui mentionnent systématiquement la nécessité d'être vaccinés, alors que c'est une obligation légale. 

C'est peut-être parce que, justement, c'est une obligation qu'ils ne le mentionnent plus ? 

Oui, mais du coup, quand on regarde ce qui se passe, et qu'on voit qu'il y a des soignants qui sont obligés de démissionner ou qui sont mis de côté, ce serait peut-être bien, justement pour que le marché du travail fonctionne mieux, de ne pas le laisser entre guillemets, de doute planer sur cette obligation et de réaffirmer dans les annonces qu'encore une fois, pour un certain nombre de métiers, il est obligatoire d'être vacciné. Voilà ce qu'on pouvait dire. 

Sur les régions aussi, ce qui est intéressant de noter aussi sur les régions, c'est que moins vous avez de personnes vaccinées dans une région et plus un employeur va justement se sentir obligé de mentionner la vaccination obligatoire. Et en métropole, les régions qui affichent les taux de vaccination les moins élevés, c'est PACA et Corse. Mais c'est aussi les deux régions pour lesquelles on a des mentions obligatoires de vaccination dans les offres qui sont les plus élevées. 

Donc, finalement, c'est assez logique. Merci Alexandre. 

Merci à vous. 

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