Sur le marché du recrutement, la situation est tendue, partout dans le monde. Les tendances démographiques telles que le vieillissement de la population, de faibles taux de natalité et le ralentissement de l'immigration se traduisent par une pénurie de main-d'œuvre qui affecte les employeurs dans le monde entier. De plus, des facteurs régionaux entrent en compte, définissant des problématiques propres à chaque pays.
Pour établir les bonnes stratégies de recrutement, nos experts vous partagent quelques clés pour comprendre les singularités du marché du travail dans plusieurs pays. Le Hiring Lab est le département de recherche économique d'Indeed qui se penche sur les tendances du marché du travail mondial en analysant des millions de données issues du site Indeed, notamment les offres d'emploi, les CV et le comportement des utilisateurs. Il publie des analyses et des rapports sur l'état du marché du travail dans le monde, notamment sur le recrutement et l'évolution des salaires, sur les compétences les plus demandées et les principaux avantages proposés par les employeurs.
Nous avons demandé à six économistes du Hiring Lab de décrypter les tendances du marché de l’emploi de leur pays et les conséquences pour les employeurs.
Inspirez-vous et restez informé sur le monde du travail d’aujourd’hui
EnvoyerAu Royaume-Uni, le recrutement inclusif est essentiel
Jack Kennedy est économiste au sein du Hiring Lab d’Indeed et se concentre sur le marché du travail britannique et irlandais. Il a travaillé dans le secteur des services financiers, plus particulièrement sur des analyses macroéconomiques et sur le développement du marché du travail.
La situation – Le départ en retraite des travailleurs les plus âgés a été l'un des facteurs clés de la pénurie de main-d'œuvre au Royaume-Uni. Les retraites anticipées ont certainement participé à cette situation, en partie à cause de la pandémie, mais une réforme a également permis aux travailleurs de partir en retraite plus tôt. Une pression accrue pèse également sur le National Health Service, le système de santé public du pays, qui enregistre des temps d'attente record pour les chirurgies et les traitements. Dans de nombreux cas, les personnes présentant des affections chroniques sont ainsi dans l'incapacité de travailler. Résultat : il y a davantage de personnes à quitter le monde du travail que de personnes à le rejoindre. Le Brexit a également eu un impact considérable : il a mis fin à la libre circulation des travailleurs. Les secteurs les moins rémunérateurs ont été les plus durement touchés. Ce sont ces mêmes secteurs qui ont enregistré une augmentation très rapide du nombre de postes vacants lors du rebond post pandémie.
Le point à retenir – Plus que jamais, il est important que les politiques de recrutement soient diversifiées et inclusives. Les employeurs peuvent prendre de nombreuses mesures pour réévaluer leur culture d'entreprise et éliminer les biais dans leurs pratiques de recrutement, notamment en portant une attention particulière à la formulation des descriptions de poste qui peuvent avoir des connotations âgistes.
Aux États-Unis, le marché du travail se montre résilient
Nick Bunker est le directeur de recherche économique pour l'Amérique du Nord au sein du Hiring Lab d'Indeed et se concentre sur le marché du travail américain.
La situation – Les craintes sur la conjoncture économique sont nombreuses ces temps-ci, malgré un taux de chômage toujours bas et une croissance de l'emploi vigoureuse. Les données les plus récentes révèlent un ralentissement du marché, avec une baisse du nombre de postes à pourvoir et un ralentissement de l'augmentation des salaires. La vague de licenciements dans les secteurs de la technologie et des médias témoigne d'une période difficile pour ces industries. Le pourcentage d'offres d'emploi annonçant des avantages tels qu'une assurance maladie et des plans de retraite commence également à se stabiliser après une augmentation post pandémie.
Le point à retenir – Même si le marché de l'emploi se calme, il est important de se rappeler qu'il était exceptionnellement dynamique à la sortie de la pandémie. Toutefois, il demeure résilient. La croissance des salaires est élevée par rapport aux normes historiques et la demande de main-d'œuvre reste forte. Bien que les licenciements aient eu un impact important dans certains secteurs, ils sont globalement en baisse, avec des taux mensuels inférieurs d'environ 16 % à la moyenne d'avant la pandémie. Plutôt que de craindre ces changements, les employeurs devraient considérer qu'il s'agit d'un retour à la normale en douceur du marché du travail qui semble, pour l'instant, largement viable et sain.
En Allemagne, les femmes représentent une source précieuse de talents inexploités
Annina Hering est économiste au sein du Hiring Lab d’Indeed et se concentre sur le marché du travail allemand. Elle a auparavant travaillé en tant que chercheuse postdoctorale à l'Institut Max-Planck pour l'étude des sociétés.
La situation – En Allemagne, la demande de main-d'œuvre est très forte, et le manque d'immigration constitue une partie du problème. Il existe de nombreuses restrictions à ce sujet et la barrière de la langue représente un grand défi, ce qui en fait un pays moins attractif que les autres. Les employeurs doivent également se montrer très créatifs dans la recherche de nouvelles sources de main-d'œuvre potentielles, notamment les femmes qui représentent un vivier sous-exploité. La participation des femmes dans le monde du travail a augmenté en Allemagne, mais elle est toujours plus faible que celle des hommes. Nombre d'entre elles travaillent à mi-temps, souvent dans la vente au détail. Le manque de services de garde d'enfants de qualité, qui rend leur retour au travail difficile, explique cette situation. Les possibilités pour les femmes de progresser dans leur carrière avec un travail à temps partiel sont limitées.
Le point à retenir – Les employeurs devraient envisager de proposer davantage de postes à temps partiel, des horaires plus souples ou du télétravail afin d'attirer plus de femmes. Certaines entreprises offrent également certains avantages, comme la subvention des services de garde d'enfants, des vélos gratuits pour les déplacements et des remises sur certains produits.
En France, les recruteurs avisés privilégient les compétences plutôt que les études
Alexandre Judes est économiste du Hiring Lab d’Indeed et se concentre sur le marché du travail français. Il a travaillé sur des questions politiques telles que la compétitivité française, la réforme du marché du travail et l'intégration européenne.
La situation – Le taux de chômage en France est actuellement de 7,2 %, soit bien supérieur à celui des États-Unis, du Royaume-Uni et de l'Allemagne. Le marché du travail y est plus rigide. Les erreurs de recrutement peuvent s'avérer coûteuses en raison du coût élevé de la main-d'œuvre et de la complexité des lois sur l'emploi. Près de 90 % de la main-d'œuvre salariée est employée dans le cadre de contrats à durée indéterminée. Après une période d'essai de deux à huit mois, il devient difficile de renvoyer ces salarié·es, car les licenciements doivent être motivés et justifiés. Les indemnités de chômage sont importantes et représentent plus de la moitié du salaire avant impôts pendant 18 à 27 mois. De fait, les recruteurs français ont tendance à être très conservateurs, privilégiant les diplômes des candidat·es et les universités fréquentées. Il est donc difficile pour les chercheurs d'emploi de changer de secteur. Toutefois, la situation tendue du marché du travail pousse les recruteurs à élargir leurs critères de recherche et à adapter leurs méthodes de recrutement.
Le point à retenir – Nous conseillons aux employeurs de mettre directement les candidat·es à l'épreuve. Servez-vous de la période d'essai si nécessaire. N'hésitez pas à prendre en considération des talents issus de différents secteurs ou pour qui la recherche d'emploi a été difficile. La plupart du temps, ces talents sont aussi performants que les autres.
Au Canada, un salaire compétitif fera la différence
Brendon Bernard est économiste du Hiring Lab d’Indeed et se concentre sur le marché du travail canadien. Il analyse notamment comment les tendances du marché du travail peuvent correspondre à des développements plus larges de l'économie canadienne.
La situation – Au Canada, 2021 a été une année record pour le recrutement, avec une augmentation considérable des publications d'offres d'emploi dans les différentes régions du pays et dans différents secteurs d'activité. Cette hausse des recrutements a entraîné le départ des travailleurs canadiens des secteurs les moins bien rémunérés du marché de l'emploi. Beaucoup ont gravi les échelons, en particulier les personnes qui étaient peut-être sous-employées ou dont les compétences n'avaient pas été pleinement exploitées avant la pandémie. Cependant, contrairement aux États-Unis, il n'y a pas eu de vague de démissions et de changements de poste, phénomène appelé la « Grande Démission ». Les travailleurs canadiens n'ont pas connu la même reprise rapide de la croissance des salaires. Aujourd'hui, les salaires augmentent tout de même à un rythme soutenu, de l'ordre de 5 % d'une année à l'autre au cours des six derniers mois environ. La rémunération est probablement le facteur le plus important pour attirer de nouvelles recrues.
Le point à retenir – En plus d'un salaire compétitif, la formation et les opportunités d'évolution sont également cruciales pour les chercheurs d'emploi. De plus, les employeurs devraient penser à investir dans le développement des compétences et à étendre leur recherche de talents en prenant en considération des profils moins expérimentés que ceux qu'ils cherchaient auparavant.
Au Japon, salaires et avantages plus intéressants permettront aux employeurs de se démarquer
Yusuke Aoki est économiste du Hiring Lab d’Indeed et se concentre sur le marché du travail japonais. Il a conseillé le gouvernement, les organes judiciaires et le secteur privé sur les questions économiques.
La situation – Les tendances en matière de recrutement au Japon sont différentes de celles observées aux États-Unis et en Europe. Dans les domaines des ressources humaines, du marketing et des professions juridiques, la tendance des recrutements est à la baisse, mais le marché de l'emploi est tendu dans les secteurs de l'ingénierie mécanique et logicielle. Les recrutements ne sont pas gelés et le secteur de la technologie ne licencie pas, ce qui s'explique en partie par les différences structurelles au sein de la main-d'œuvre. La plupart des salarié·es au Japon travaillent à temps plein. Toutefois, par rapport à d'autres pays, une plus grande partie de la main-d'œuvre est employée par le biais de l'externalisation ou travaille en tant qu'indépendant·es, en particulier pour les postes dans le domaine de l'ingénierie logicielle. Quel que soit le secteur, les licenciements ne sont pas monnaie courante au Japon, car la culture du travail est focalisée sur l'emploi à long terme, voire à vie. Cependant, cette situation limite la croissance des salaires, car les entreprises évitent les licenciements et privilégient la rétention de leur personnel plutôt que l'augmentation des salaires. De fait, la rémunération devient un sujet sensible au Japon. Avec une croissance des salaires nominaux de 1,1 % et une inflation d'environ 3,3 %, le gouvernement japonais est intervenu et a demandé aux entreprises d'augmenter les rémunérations. Certaines grandes entreprises sont en mesure d'augmenter les salaires au-delà de l'inflation cette année, mais les petites et moyennes entreprises ont plus de difficultés, car elles ne peuvent pas répercuter ces dépenses supplémentaires auprès de leurs clients.
Le point à retenir – Si les employeurs ne sont pas en mesure d'augmenter les salaires, ils devraient se concentrer sur la création d'un meilleur environnement de travail. Par exemple, nos données révèlent que les employeurs sont plus enclins à mentionner les congés parentaux dans les offres d'emploi. D'autres avantages, comme les primes de recrutement et l'absence d'heures supplémentaires rendront les annonces plus attractives.
Le point principal à retenir : pensez à l'échelle mondiale, agissez à l'échelle locale
Cela ne fait aucun doute : ces points de vue révèlent que les employeurs devront sans cesse faire évoluer leurs stratégies de recrutement pour se démarquer sur un marché du travail qui demeure tendu. Néanmoins, les économistes s'accordent à dire que savoir rime avec pouvoir : en comprenant les facteurs à l'origine des difficultés de recrutement, dans votre pays et dans le monde entier, vous obtiendrez des informations importantes sur la manière dont vous pouvez attirer les talents, quels que soient les obstacles qui se présentent.
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