Le présentéisme correspond au « fait d'être assidûment présent, notamment sur le lieu de travail » selon la définition du dictionnaire Larousse. Ce point semble donc positif pour une entreprise. L'absentéisme et le présentéisme des salariés peuvent être analysés par les ressources humaines afin de réaliser un état des lieux.
Pourquoi faut-il se méfier du présentéisme au travail ? Il ne traduit pas automatiquement un engagement des travailleurs. Un phénomène l'illustre : le « quiet quitting ». Originaire des États-Unis, le terme se traduit par la « démission silencieuse ». Il consiste à réaliser le strict minimum à son poste de travail.
37 % des Français en seraient adeptes, indique une étude de l'Ifop et The Makers, publiée le 20 octobre 2022. Les résultats illustrent le rapport qu'ont les Français au travail et aux valeurs associées. Les salariés se détachent de leur emploi. Ils effectuent les tâches précisées dans leur contrat, aux heures prévues. Cependant, ils ne s'impliquent pas pour prendre des initiatives. La culture du présentéisme est remise en question.
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EnvoyerUn manque d'engagement de la part des salariés
Le présentéisme ne rime pas forcément avec engagement des salariés. La France afficherait l'un des niveaux d'engagement les plus bas en Europe, avance une étude Gallup State of the Global Workplace Report 2022. Il est de 6 % pour l'Hexagone, contre une moyenne européenne de 14 %. Les envies des collaborateurs évoluent.
En novembre 2022, Indeed et Glassdoor ont dévoilé leur rapport conjoint sur l'évolution du travail et la satisfaction des collaborateurs. Parmi les cinq tendances détectées pour 2023 figurent « l'épanouissement et le bien-être au travail ». 46 % des personnes interrogées affirment « que leur attente autour du bonheur au travail a augmenté durant ces derniers mois ».
D'autres facteurs expliquent le manque d'implication des salariés, comme le rôle des managers. Par exemple, d'après une étude Officevibe reprise en 2022, 98 % des collaborateurs se désengagent en l'absence de feedbacks. À l'inverse, 43 % des salariés extrêmement motivés en bénéficient au moins une fois par semaine. Selon une enquête Indeed auprès des chercheurs d'emploi, de juin 2022, « un problème avec le management actuel » est l'une des raisons motivant la recherche d'emploi. Avant d'arriver à une démission, un salarié peut s'impliquer de moins en moins au quotidien.
Les risques du présentéisme
Plus qu'un manque d'implication, le présentéisme peut représenter un danger pour les salariés.
Maladie
Le présentéisme se traduit aussi par le fait de venir travailler, même en cas de maladie. 62 % des salariés français ont fait au moins un jour de présentéisme, contre 42 % pour les travailleurs de l'Union européenne. Publiée en août 2020, l'étude du service statistique du ministère du Travail (Dares) analyse le lien entre les conditions de travail et le présentéisme des salariés en cas de maladie. Les collaborateurs qui viennent travailler en étant malades signalent de mauvaises relations avec leur hiérarchie, un travail intense ou un sentiment d'insécurité économique.
Surmenage
Les salariés très présents peuvent être en burn-out. L'étude Pulse 2022 de Future Forum revient sur la satisfaction des cadres aux États-Unis, dans un contexte post-pandémie. Le nombre d'employés affirmant être au bord du burn-out a grimpé de 8 % entre le mois de mai et le mois d'août 2022. Il atteint les 40 %. Du côté de la France, OpinionWay et Empreinte Humaine ont élaboré un baromètre sur la santé psychologique des salariés français, dévoilé en juillet 2022. Il révèle que les taux de burn-out sont inquiétants.
Le syndrome d'épuisement professionnel concerne 34 % des salariés. Ils sont même 13 % à exprimer être en burn-out sévère. Depuis deux ans, ces niveaux s'avèrent trois fois plus importants, en comparaison avec l'avant Covid-19. Ce trouble psychosocial est spécifique aux salariés. Ainsi, ils sont 41 % en état de détresse psychologique. Ces problèmes de santé concernent :
- 59 % des salariés français de moins de 29 ans ;
- 43 % des managers ;
- 45 % des télétravailleurs.
La culture du présentéisme
En 2019, Glassdoor s'intéressait déjà au présentéisme en France. D'après son enquête sur le sujet, « une personne interrogée sur quatre (28 %) se sent gênée d'être la dernière arrivée au bureau. 30 % des personnes interrogées affirment qu'il est mal vu de quitter le bureau avant 18 h. Enfin, une personne sur quatre (26 %) admet « être déjà restée au bureau sans être efficace, juste pour être bien vue ». Les résultats illustraient une culture managériale française valorisant le présentéisme. Pourtant, il n'est pas toujours synonyme de productivité. « Un employé interrogé sur cinq (19 %) a avoué travailler sur des tâches personnelles pour faire passer le temps au bureau », complète le rapport.
Présentéisme ou télétravail
La culture du présentéisme est d'autant plus remise en question à l'heure du télétravail. Selon le rapport Indeed et Glassdoor sur l'évolution du travail et la satisfaction des collaborateurs, le télétravail apparaît parmi les cinq tendances de 2023. Ce modèle « va perdurer. Non seulement il continuera à gagner du terrain dans les professions compatibles avec le travail à distance, mais il y aura également un impact sur l'attractivité d'autres métiers qui ne s'y prêtent pas ».
Le constat est complété par le Conseil national de productivité (CNP). Il a publié un rapport en mai 2022, dans lequel il « constate une explosion du télétravail en France : 27 % des salariés interrogés le pratiquaient de façon régulière en janvier 2021 contre 4 % en 2019. À moyen terme, les analyses pointent plutôt vers des conséquences sur le tissu productif et la productivité probablement positives ». Les salariés pourraient être autant, voire plus productifs en télétravail que sur site.
Fin 2021, Bpifrance Le Lab a présenté une enquête sur le télétravail dans les TPE et PME, dans laquelle 59 % des dirigeants jugeaient leurs salariés au moins aussi productifs à domicile qu'en entreprise. Le télétravail est adopté de manière permanente ou hybride.
Intégrer des leviers de motivation
La situation reflète un nouveau monde du travail, auquel les entreprises doivent s'adapter. Plusieurs éléments peuvent inciter les salariés à retrouver l'envie de s'impliquer.
La rémunération
D'après une enquête Indeed réalisée entre novembre 2021 et janvier 2022, le salaire est la principale raison motivant une recherche d'emploi. Il faut également considérer que « la croissance des salaires dans les offres s'est fortement accélérée pendant la reprise qui a suivi la pandémie » dans la zone euro, selon le baromètre de l'évolution des salaires Indeed Wage Tracker.
La France se place en seconde position, avec une croissance de 5,2 % des salaires nominaux dans les offres d'emploi en un an, jusqu'à octobre dernier. Les entreprises peuvent adapter les salaires aux postes actuels, afin que les collaborateurs restent.
Le bien-être au travail
La qualité de vie au travail devient essentielle, particulièrement chez les jeunes de 18 à 24 ans. Ils sont plus de huit sur dix à déclarer que pour être performante, une entreprise doit veiller au bonheur de ses employés. Ce constat est issu du baromètre Groupe ISC Paris et BVA d'octobre 2022. Le soutien et l'écoute de l'équipe et l'entente avec les collaborateurs, contribue à une expérience de travail agréable pour les salariés.
La culture d'entreprise
Des équipes motivées seraient des équipes engagées. Lors de l’événement Future of HR, nous avions résumé cela en une phrase : pas de talent sans engagement. « Travailler sa marque employeur n'est plus une option, afin d'être visible et crédible pour attirer les talents, et d'être authentique et transparent pour les fidéliser ». Pour conserver des salariés, ces derniers peuvent adhérer à la culture d'entreprise et se sentir en accord avec la marque employeur. Indeed rappelle, dans une enquête réalisée entre 2020 et 2021, que « 92 % des chercheurs d'emploi affirment lire les avis concernant un employeur potentiel avant de se forger une opinion sur lui ».
En ayant connaissance du présentéisme chez les salariés, les entreprises peuvent mettre en place des stratégies. Elles assureront un équilibre entre l'engagement des équipes et leur bien-être.
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