Présidentielles, emploi et pouvoir d’achat

par Eric Gras

Jobnews by Indeed, c’est le podcast qui décrypte l’actualité de l’emploi. 

Au programme de cet épisode, faisons le point sur l'emploi et le pouvoir d'achat face aux échéances électorales, avec les résultat d'une enquête réalisée par Harris Interactive pour Indeed.

Pour 92% des inscrits sur les listes électorales, l’emploi a joué un rôle dans leur vote selon une enquête Haris Interactive pour Indeed. Et pourtant, 65% des Français estiment que le sujet n’a pas été suffisamment traité par les candidats. 

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Bonjour à tous et bienvenue dans la saison 2 de Jobnews by Indeed, « Emploi et pouvoir d'achat dans le contexte de la présidentielle », c'est le thème de ce quatrième épisode. Tous les épisodes du programme sont à retrouver dans leur intégralité sur jobradio.fr, disponibles également en vous abonnant depuis l'ensemble des plateformes de diffusion de podcast.

Bonjour Éric Gras. Bonjour.

Vous êtes évangéliste du recrutement chez Indeed. Éric, au cours du mois de février, ce sont deux baromètres baptisés « L'emploi face aux prochaines échéances électorales » qui ont été réalisés pour Indeed par Harris Interactive. Rapidement, un mot sur la méthodologie. Combien de Français ont été interrogés ? Comment ont-ils été sélectionnés ?

C'est une méthodologie classique d'échantillonnage. Donc, là on a pris 1524 personnes, c'est plus de 1000 personnes pour être représentatif. Donc, ces 1524 personnes sont représentatives de la société française âgés de 18 ans ou plus. Méthode des quotas classiques de redressement appliquée aux variables sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, et région des personnes interviewées.

Alors, quels étaient les enjeux de ce baromètre ?

Alors, grâce à nos données, on capte les tendances de l'emploi en temps réel, côté recruteur, côté candidat. Mais les données elles ne montrent pas tout. C'est pourquoi nous faisons régulièrement des études pour corroborer ce que les data nous montrent.

Donc notamment, concernant le pouvoir d'achat et l'emploi, la rémunération est l'un des premiers critères de choix des candidats. À noter qu'une offre sans rémunération perd 80 % de clics. Donc, on voit bien qu'il y a un impact réel.

De plus, 92 % des inscrits sur les listes électorales indiquent que l'emploi est une thématique qui jouera un rôle important dans leur vote pour les prochaines échéances électorales et 46 % estiment même quelle jouera un rôle très important. Il nous paraissait donc évident de traiter ce sujet sachant que l'emploi joue un rôle essentiel sur ce thème, et en tant qu'acteur majeur de l'emploi, eh bien on souhaitait tout simplement y prendre notre part.

Évidement. Alors maintenant, pourquoi une enquête similaire à trois semaines d'intervalle ?

Bien tout simplement parce qu'un sondage, ça prend le pouls d'une opinion à un moment donné. Et donc, comme c'est un sujet sensible, et que la campagne ayant démarré tardivement, il nous paraissait important de faire une seconde étude sur le même thème en deux temps pour voir si les tendances évoluaient ou si elles restaient les mêmes. Et donc cela donne plus de poids aux résultats obtenus.

Et les principaux chiffres à retenir finalement, on retiendrait lesquels ?

Il y en a plusieurs, mais si je peux en citer quelques-uns : 92 % des inscrits sur les listes électorales indiquent que le sujet de l'emploi est un sujet important au vu de la présidentielle. Ce qui est quand même considérable.

65 % des Français estiment pourtant que le sujet n'est pas suffisamment traité par les candidats.

Parmi les actifs et les personnes en recherche d'un premier emploi, moins de la moitié, soit 41 %, ont l'espoir de voir leur situation s'améliorer après l'élection présidentielle, donc on voit qu'il y a une forte attente.

Et près de 9 français sur 10 plébiscitent les mesures en faveur de l'insertion professionnelle notamment des jeunes, des seniors et des chômeurs.

Alors Éric, déjà en 2017, les Français trouvaient que la question de l'emploi n'était pas suffisamment traitée par les candidats à l'élection. En 2022 visiblement rebelote. Entre la crise sanitaire, la guerre en Ukraine l'emploi n'aura pas été la priorité de cette élection selon les Français.

Bien au total, 70 % des Français indiquent que ce sujet n'est pas encore suffisamment abordé aujourd'hui. Une analyse qui rejoint celle qu'ils faisaient déjà lors de la campagne de 2017. Donc, on voit que ce problème est récurrent, en tout cas en termes de perception de la part des Français.

Alors est-ce que ces enquêtes permettent de dire comment les Français jugent le mandat d'Emmanuel Macron d'un point de vue économique ?

Oui absolument. Alors, si au début du quinquennat dernier les espoirs étaient grands sur les sujets liés à l'équilibre budgétaire par exemple, ils se sont nettement dégradés. Seulement 8 % des Français expriment le sentiment d'une amélioration sur les 34 % qui espéraient que la situation se serait améliorée d'ici 2022.

67 % des Français considèrent que l'équilibre budgétaire est moins bon aujourd'hui qu'il n'était au début du quinquennat Versus 2017, seulement 29 % des Français anticipaient la dégradation de la situation en 2022.

Et pour ce qui concerne l'emploi plus précisément, quel bilan les Français dressent-ils maintenant de l'action du président sortant ?

D'un point de vue de l'emploi, les chiffres sont beaucoup plus stables et le constat est moins négatif. 29 % de Français pensent que la situation de l'emploi s'est quand même améliorée au cours de ces dernières années. Ce qui est proche des espoirs de l'époque, qui étaient de 34 % en 2017. Et le sentiment d'une dégradation de l'emploi est un peu plus présent, 39 % contre 31 % des Français en 2017.

Alors, et quand il s'agit de juger de l'action du Chef de l'État, j'imagine que l'opinion est évidemment différente selon que vous êtes un sympathisant de la majorité sortante ou un sympathisant de l'opposition. Que révèlent les études là-dessus ?

Absolument. La France est divisée en deux. Celle de la majorité présidentielle qui constate un bilan plutôt positif du Président Macron. Et de l'autre côté, des sympathisants de l'opposition beaucoup moins satisfaits.

Donc, sur la question de l'emploi, 62 % des sympathisants de la majorité présidentielle trouvent que la situation s'est améliorée. À l'inverse pour les sympathisants des partis de l'opposition, les chiffres oscillent entre 15 et 35 %. Ce qui confirme des attentes totalement différentes en matière d'emploi chez les différents sympathisants.

Et d'une manière plus générale, les sympathisants de la majorité sont toujours les plus positifs quant à l'amélioration de la situation sur les différents points étudiés. Donc, la situation économique des entreprises, 51 %, la croissance économique de la France, 50 %, les conditions de travail des salariés, 34 %, et l'équilibre budgétaire de la France, 19 %.

Donc, ça, c'était pour la partie bilan. Dans quelle proportion maintenant les Français sondés estiment que le prochain mandat présidentiel va permettre d'améliorer la situation de l'emploi en France ?

Seuls 45 % estiment que le prochain mandat présidentiel permettra d'améliorer la situation de l'emploi en France. Et parmi les actifs et les personnes en recherche d'un premier emploi ils sont seulement 41 % à avoir l'espoir de voir leur situation s'améliorer après l'élection.

Alors, au mois de février, quand ont été réalisées ces deux études successives, quels étaient à l'époque aux yeux des Français les candidats les plus convaincants sur les questions de l'emploi justement ?

À l'époque les candidats les plus convaincants, c'est qu'il n'y avait aucun qui ressortait réellement puisque l'étude montre qu'aucun candidat ne semblait réellement convaincre.

Mais il y avait quand même un trio de tête qui se dégageait avec Emmanuel Macron en premier avec 41 %, Valérie Pécresse avec 34 % et Marine le Pen avec 32 %. Étaient ensuite en retrait derrière, Jean-Luc Melenchon à 28 %, qui était talonnée par Christiane Taubira à 26 % et Eric Zemmour à 25 %.

En termes de réformes maintenant, de mesures pour favoriser l'insertion dans l'emploi, de durée de temps de travail, quelles étaient les attentes des personnes sondées ?

Alors, les mesures en faveur d'une meilleure insertion professionnelle pour les jeunes à 88 % et pour les seniors à 86 %. La deuxième chose, c'est les mesures qui visent une revalorisation financière du travail à travers une politique de revalorisation du SMIC notamment. Ils sont 83 % à le souligner. Mais également une politique de hausse des salaires à destination des postes de juniors dans les entreprises privées, pour 76 %.

Viennent ensuite les reformes plus structurelles concernant près de 7 français sur 10, essentiellement la réforme du chômage et la fin des régimes spéciaux. La réforme des retraites qui mobilise 59 % des Français.

Des démarches innovantes comme la semaine de quatre jours sans perte de salaire pour 65 %, ou l'instauration d'un salaire pour les parents au foyer pour 60 % -- ça, c'est un sujet dont on parle très, très peu -- qui apparaissent comme des sujets donc dignes d'intérêt quand même avec 60 et 65 %.

Et enfin, les Français sont majoritairement opposés à 54 % au retour au 39 heures perçues comme un pas en arrière.

Et puis cette dernière petite question quand même par rapport à cette enquête à double niveau. Si selon les Français les candidats à la présidentielle n'ont pas parlé suffisamment de l'emploi, est-ce qu'ils estiment que la question a été suffisamment traitée également dans les médias ?

Eh bien non, au total 70 % des Français indiquent que ce sujet n'est pas encore suffisamment abordé aujourd'hui. Une analyse qui rejoint celle qu'on faisait déjà lors de la campagne de 2017. Donc, bis repetita.

Éric, le dernier blogpost du Hiring Lab sur le volume des offres d'emploi sur Indeed.fr remonte au 18 mars dernier. Sur ordre du Président Russe, l'invasion de l'Ukraine par la Russie a démarré le 24 février dernier. Est-ce que le retour de la guerre en Europe a entraîné une répercussion sur le volume des offres publiées, ou c'est encore trop tôt pour le dire ?

Alors, pour le moment non. On ne constate pas d'impact négatif sur le volume d'offre qui reste en constante progression tous secteurs d'activité confondus. Par contre, certaines entreprises et activités sont pourtant directement impactées par cette crise en Russie et en Ukraine. Mais il faudra vraisemblablement attendre d'après ce que nous dise ces entreprises, 12 à 18 mois pour en voir d'éventuels effets sur l'emploi en France.

À quel niveau le 18 mars se situait le volume d'offre d'emploi sur Indeed France par rapport à son niveau de référence pré-pandémie et du 1er février 2020 ?

Alors, le volume d'offre d'emploi sur Indeed en France était supérieur à 35 % à son niveau de référence pré-pandémie, donc mois de référence 1er février 2020. Après avoir faibli sur la deuxième moitié du mois de novembre 2021, le volume d'offre d'emploi sur Indeed en France se maintient. Donc, avec une hausse progressive. Et donc, malgré l'incertitude due au contexte international, on voit cette tendance à la hausse qui se poursuit.

En revanche la comparaison avec d'autres économies développées montre que la France connaît toutefois un redressement du marché de l'emploi assez lent, notamment par rapport à l'Allemagne qui est à plus de 51 %, au Royaume-Uni qui est à plus de 47 %. Et si on compare avec d'autres grandes nations comme les États-Unis ou l'Australie, qui affichent eux des progressions insolentes de 64 et plus 106 % d'offres d'emploi.

Quels sont les secteurs où les offres ont le plus progressé ? Quels sont finalement les métiers qui recrutent le plus ?

Alors dans l'ensemble, les professions du secteur de la santé, des soins à domicile, du transport et de la logistique, la sécurité affichent les progressions les plus importantes avec un volume d'offre en augmentation de 70 % en moyenne par rapport au 35 % de tout à l'heure. C'est bien deux fois plus. Les recrutements dans les métiers du tourisme et de restauration sont également en forte hausse sur les dernières semaines. Et ça va se poursuivre vraisemblablement jusqu'à l'été parce qu'il y a aussi une activité saisonnière très forte. Suivent de près avec près de 68 % de hausse par rapport à février 2020 tous les métiers connexes au tourisme. Les métiers du bâtiment et de l'habitat, architecture, construction, installation, maintenance, affichent une progression plus mesurée de 16,5 %. Et le volume d'offres dans les autres secteurs cumulés se situe quant à lui à 26,7 %, au-dessus de la période pré-pandémie.

Et à l'inverse, quels sont les secteurs qui stagnent ou qui reculent ?

Le recrutement dans les sciences humaines et sociales l'ingénierie mécanique ou civile ou support informatique, pâtissent toujours de la crise avec des baisses de volume d'annonces. C'est les seuls qui baissent entre 2 à 12 % par rapport à cette période de février 2020.

Et maintenant, en fonction du nombre de clics observés chez les candidats, quels sont les métiers qui a priori attirent le plus et puis à l'inverse ceux qui attirent les moins les candidats ?

Les métiers qui attirent le plus sont les métiers de l'ingénierie qui affichent toujours les progressions de clics par annonce relativement importantes. Alors qu'on observe toujours une baisse du volume d'annonces. Donc, c'est peut-être lié à cela aussi en termes de rapport.

Pour autant, certains métiers ont vu leur attractivité relative augmenter avec la crise. Les métiers faisant appel aux mathématiques, aux statistiques, donc les data scientist notamment, affichent, par exemple, des progressions importantes de taux de clics par annonce par rapport à février 2020, malgré un accroissement des tensions sur l'année écoulée.

Et sur un an glissant, les tensions sont particulièrement accrues dans le domaine des ressources humaines et de l'ingénierie.

Dans les offres publiées sur Indeed France, est-ce que vous constatez une hausse des salaires dans les emplois à pourvoir, dans les secteurs dits en tension, et je pense notamment à l'hôtellerie, restauration, par exemple ?

Oui alors, il y a ce qu'on appelle un phénomène de rattrapage. Donc, certains secteurs se sont alignés pour faire un rattrapage assez rapide.

En plus on a basculé dès cet été vers un marché en tension. Donc, c'était un marché d'attraction de candidats, de sélection de candidats, à maintenant un marché de séduction, et donc, il a fallu parfois ajuster, Donc, quelques exemples : les métiers de la garde d'enfants, par exemple.

On a constaté une hausse moyenne des salaires de 7 % et une hausse des clics de 14,4 %. La vente plutôt dans le retail, les salaires ont augmenté de 3 % et les clics ont augmenté de plus de 28,4 %. Et à l'inverse, on va prendre l'exemple des soins infirmiers, où les salaires ont augmenté de 6 %, mais les clics ont baissé de près de 24 %.

Donc parfois, la hausse de salaire ne suffit pas à attirer plus de candidats parce que le marché est tellement en tension que même avec des salaires plus élevés, ça n'attire pas plus de candidats. Par contre, comme les candidats ont beaucoup plus le choix, eh bien comme il y a moins de candidats par offre, la hausse des salaires peut faire la différence pour certaines entreprises.

Alors, si on continue à parler de salaire, en termes de rémunération toujours, est-ce que les entreprises sont plus transparentes dans leurs offres publiées en ligne ?

Toujours pas. C'est un vaste combat que mène Indeed notamment pour faire comprendre aux recruteurs que c'est ce que recherche les candidats. Donc, surtout sur un marché tendu où les candidats ont le choix, c'est un élément différenciant, donc, il faut faire preuve de plus de transparence comme dans beaucoup d'autres pays. Là aussi la France est en retard, notamment par rapport aux pays au Nord de l'Europe. Cela élimine aussi en grande partie certaines formes de discriminations, comme entre le salaire homme-femme dont on parle beaucoup. Donc, c'est une preuve de transparence et de clarté que d'afficher les rémunérations. Ça limite la marge de négociation des candidats aussi quand on affiche la couleur dès le début. On postule en connaissance de cause. Donc, on sait si on peut se projeter ou pas se projeter. Et tout le monde gagne du temps. Parce que de toute façon le salaire, on va en venir en parler à un moment donné.

Donc, l'exemple que je donne toujours, c'est imaginez que vous tentez de vendre vos produits à vos clients sans parler de prix. Ça va être compliqué. Eh bien, il faut considérer vos candidats comme des clients potentiels et donc il faut faire preuve de transparence.

Et je terminerais juste en disant qu'il y a une directive européenne qui a été votée et donc vraisemblablement une loi va venir en France, qui impose que sur toutes les offres d'emploi, on puisse communiquer les salaires ou en tout cas une fourchette de rémunération.

Donc comme cela, le problème serait définitivement réglé. Chez Indeed et ce sera ma dernière question, peut-être par le biais d'enquête, est-ce que vous arrivez à obtenir des indications sur le temps de réponse des entreprises aux candidats qui postulent à une offre ? Et si oui, le constat que vous en faites ?

Oui alors, le temps de réponse moyen en France est d'environ de trois semaines. Ce qui est très au-dessus de ce qui marche pour les candidats. Les candidats les plus rares, une fois de plus, ont tellement d'opportunités qu'il faudrait passer un entretien idéalement dans les 10 jours. Je parle même d'entretien. Après à ce qui concerne les réponses aux candidatures, le délai recommandé, c'est de 48 à 72 heures.

Mais il y a à la fois, la réactivité et la qualité des réponses. Donc, ce qu'on préconise nous, c'est de pouvoir traiter les candidatures très vite en disant voilà: « Votre candidature est en cours de traitement et voici quelles sont les prochaines étapes », pour marquer le pas. Mais ce qui compte surtout, c'est de personnaliser la réponse pour que le candidat comprenne qu'on a bien lu sa candidature à lui et que ce n'est pas uniquement un robot qui l'a traitée.

Et notamment quand c'est une réponse négative, pouvoir donner une réponse négative en l'argumentant, c'est un vrai plus pour l'entreprise et sa marque employeur.

Merci Éric d'avoir répondu à mes questions.

Merci à vous.

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