Jobnews by Indeed, c’est le podcast qui tous les 15 jours décrypte l’actualité de l’emploi.
Alexandre Judes, économiste en charge du Hiring Lab d’Indeed fait le point sur les offres d’emploi, le comportement des candidats, les métiers qui recrutent.
Dans ce 1er épisode de la saison 2, nous dressons le bilan de l’année 2021. Une année meilleure que prévue au niveau du volume des offres d’emploi, un chômage qui est resté stable. Pour autant, la reprise est moins soutenue que chez d’autres voisins européens, et plusieurs secteurs en tension peinent à recruter.
Nous nous intéresserons également aux répercussions du variant Omicron et des mesures sanitaires prisent par l’exécutif sur le marché du travail et sur le comportement des visiteurs sur Indeed.fr
Dans cet épisode, Alexandre reviendra également sur le poids du télétravail dans les offres d’emploi. Et on se posera la question de savoir si les entreprises ont définitivement intégré le télétravail et si cette organisation deviendra la norme après la pandémie.
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Bonjour Alexandre Judes. - Bonjour Jean-Baptiste.
Alexandre, pour débuter, d'abord tous mes vœux. Sans rentrer dans le détail parce qu'on y reviendra tout à l'heure, qu'est-ce qu'on peut espérer ou qu'est-ce que peut espérer l'économiste que vous êtes de cette année 2022 ?
Une poursuite de la baisse du chômage, ce serait vraiment très, très positif. En France, ça fait quand même assez longtemps qu'on n'avait pas vu le chômage à ces niveaux-là. Donc, si ça pouvait se poursuivre, ce serait vraiment un beau cadeau.
Alors, selon que l'on veut voir le verre à moitié plein ou à moitié vide qu'est-ce qu'il faut retenir de 2021 ? Une année meilleure que prévu sur le front de l'emploi, avec un taux de chômage stable malgré la pandémie ou une reprise de l'activité trop lente par rapport à nos voisins et des pénuries de main-d’œuvre dans des secteurs en tension ?
Alors, c'est évidemment un peu les deux, mais je pense qu'on peut quand même retenir l'aspect très positif puisque si on se souvient, en 2020, on faisait des projections avec un taux de chômage à 11 % en milieu d'année 2021. On n'a heureusement jamais vu ces niveaux et de ce point de vue-là, ça a été vraiment une très, très bonne surprise. On est maintenant sur des niveaux de chômage qui sont tout à fait comparables aux niveaux d'avant-crise, qui était lui-même un niveau qu'on n'avait pas touché depuis plusieurs années puisqu'il faut remonter à avant la crise pour être à peu près sur des niveaux de chômage équivalents.
Donc, la reprise a été très, très vigoureuse. C'est très positif. Et le niveau de chômage, le fait qu'il reste bas, qu'il n'y ait pas vraiment de pic en 2021 a vraiment surpris tout le monde.
Alors, quels sont justement les secteurs d'activité qui s'en sont le mieux sortis en 2021 ?
Alors, sur Indeed, en termes d'offre, si on regarde uniquement l'année 2021, on a une très, très forte reprise des annonces dans la garde d'enfants, dans l'hôtellerie tourisme, dans la restauration, les soins personnels et à domicile, ainsi que la propreté et l'hygiène.
C'est assez cohérent avec les chiffres de l'Insee sur l'emploi, donc cette fois-ci sur les emplois existants, non pas les offres et les emplois à venir, qui soulignent donc toujours du côté de l'emploi existant, des emplois qui ont été créés sur 2021 et une très, très bonne tenue de tout ce qui est services aux entreprises, services aux ménages, services non-marchands aussi. Donc, tout ce qui est services publics. La construction, le commerce ont également créé énormément d'emplois sur l'année 2021.
Et à l'inverse alors, quels sont plutôt les secteurs qui ont souffert l'année dernière ?
Sur Indeed, les secteurs qui souffrent sur 2021, il n'y en a pas vraiment, puisque si on se compare à l'année d'avant, en 2020, tous les secteurs ont en fait reconstitué leurs stocks d'offres. Alors ils ne sont pas revenus, on va dire, tous au niveau d'avant la crise, mais il y a eu une très, très forte reprise dans l'ensemble des secteurs. Les secteurs, si on veut regarder vraiment sur un an, ceux qui font le moins bien, c'est tout ce qui est construction, comptabilité, architecture, agriculture et foresterie qui sont sur des rythmes d'augmentation de 20 points en termes de volume d'offres par rapport au début de l'année 2021 si on fait la comparaison en janvier 2022 comparé à janvier 2021.
Et si on regarde cette fois-ci les emplois existants, c'est essentiellement l'industrie manufacturière, essentiellement l'automobile et l'aéronautique qui n'ont pas reconstitué leurs stocks, on va dire, d'emplois existants. Et il y a aussi les services immobiliers et les services financiers.
Alors, la fin de l'année 2021 aura été aussi marquée par la progression fulgurante du nouveau variant de la Covid, Omicron, devenu même majoritaire avec à la mi-janvier pendant cinq jours consécutifs, plus de 300 000 nouveaux cas toutes les 24 heures. Alors, même s'il semble a priori moins dangereux que Delta, Omicron a poussé quand même l'exécutif à prendre de nouvelles mesures comme le pass vaccinal avec trois doses et pendant trois semaines au moins, le télétravail pour les entreprises trois jours dans la semaine.
Alors, c'est probablement trop tôt pour le dire, mais est-ce que vous mesurez, vous, les répercussions sur le volume d'offres d'emploi sur Indeed.fr depuis la fin de l'année dernière et sur le comportement des internautes ?
Alors, sur le volume d'offres, non, on ne voit pas vraiment d'effet Omicron pour l'instant et c'est plutôt une bonne nouvelle. En revanche, sur le comportement des internautes, on voit quelques phénomènes se matérialiser.
Dans notre étude sur le comportement des chercheurs d'emploi, on a sur le mois de décembre, 17,6 % des personnes qui sont sondées et qui déclarent ne pas chercher d'emploi. Donc on leur demande pourquoi ils ne cherchent pas d'emploi. Il y en a 17,6 % qui se déclarent malades ou handicapés. Et ça, c'est une augmentation de 2,6 points par rapport au mois de novembre. Ce n'est pas négligeable. Pour autant, on retrouve les niveaux de septembre à peu près. Donc on ne peut pas dire que pour l'instant, il y ait un effet Omicron qui soit massif.
Alors, retour donc du télétravail imposé. Dans votre post du 14 décembre dernier, vous disiez que l'adoption de cette organisation était relativement faible en France par rapport à nos voisins. Chiffres à l'appui, est-ce que vous pouvez préciser ?
Alors, on est toujours sur des niveaux qui sont à peu près deux fois moins importants qu'aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou en Allemagne, puisque nous, on oscille entre 5 et 6 % du total des offres qui sont disponibles en télétravail, c'est-à-dire pour lesquelles l'employeur, à un moment donné dans l'offre, va préciser qu'il y a des possibilités de télétravail, contre 9 à 12 % pour certains pays comme le Royaume-Uni, qui sont très, très avancés sur ce sujet-là.
Justement avec le concours de l'OCDE, Indeed a analysé la part des offres d'emploi à distance dans 20 pays. Est-ce que la pandémie a vraiment déclenché une explosion du télétravail ?
Oui, puisqu'il y a une multiplication par 4 du poids du télétravail dans les annonces. Si on regarde en moyenne sur ces 20 pays, donc indéniablement, il y a eu une très forte poussée de la mention du télétravail dans les annonces.
Évidemment, quand on regarde ce qui se passe aussi sur le terrain, entre guillemets, sur l'organisation des entreprises et sur la possibilité des salariés de télétravailler, on a aussi une pratique du télétravail qui s'est massivement diffusée dans les habitudes professionnelles. Et elle s'est diffusée aussi dans les annonces. Si on regarde justement sur ces 20 pays de l'OCDE, avant, c'était 2 % des annonces qui étaient signalées comme étant entre guillemets, télétravaillables. Maintenant, on est sur 8 %. Alors, 8 %, ce n'est pas non plus 40, 50, 60 %. Et encore une fois, c'est non négligeable puisque c'est une multiplication par 4 des niveaux qu'on constataient avant la crise.
Cette étude, elle, concerne 20 pays depuis le début de l'année sur Indeed France. Est-ce que vous constatez, vous aussi, une augmentation régulière du nombre d'offres d'emploi en télétravail ?
Sur les tout derniers chiffres, on a une petite augmentation sur décembre puisque maintenant on est à 6,2 %, chiffres du mois de décembre de la part des offres qui sont télétravaillables, en augmentation à peu près d'un demi-point par rapport au niveau du 4ème trimestre des mois de septembre et novembre 2021.
Donc, il y a un petit effet, probablement lié à Omicron. Mais si vous voulez, si on regarde sur les six derniers mois, on est quand même sur un plateau. On oscille entre 5,5 et 6 %.
Alors, cette analyse avec l'OCDE, elle révèle également que le poids du télétravail dans les offres d'emploi a augmenté dans presque toutes les catégories de métiers depuis le début de la pandémie. Quels sont justement ces secteurs où c'est particulièrement vrai ?
Alors, c'est particulièrement vrai déjà dans les secteurs qui se prêtent facilement au télétravail, donc essentiellement tous les métiers, en général les métiers de cols blancs où l'interaction on va dire avec les collègues ou avec les clients ne sont pas forcément au cœur des tâches quotidiennes. Donc, on a évidemment le développement de logiciels qui a pris près de 11 points d'augmentation sur cet indicateur donc de part d'annonces télétravaillables. Ensuite, on a le marketing, les médias et la communication, le design de l'information, la formation médicale, les mathématiques et les statistiques, la culture et le divertissement aussi, qui prennent près de 8 points, le support informatique, les ressources humaines et l'assurance. Voilà, ça, c'est les 10 premiers métiers qui sont le plus en pointe dans l'augmentation du télétravail.
Et chez Indeed, est-ce que vous avez des indicateurs qui, finalement, vous confirment que les entreprises auraient définitivement intégré le télétravail et que cette organisation allait finalement s'imposer, se pérenniser, y compris donc après la pandémie ?
Alors, c'est assez compliqué de faire des projections et en particulier sur ce sujet précis, puisque ça dépend de plein de choses, en particulier de la politique des entreprises, mais aussi du niveau de préparation des managers dans les entreprises. Mais nous, ce qu'on regarde, c'est qu'on compare donc cet indicateur de part des annonces télétravaillables avec un indicateur qui est construit par l'Université d'Oxford, qui mesure l'intensité des restrictions à la mobilité. Et on regarde si la part des annonces télétravaillables diminue quand cet indicateur de restrictions à la mobilité diminue lui aussi.
Donc, quand, par exemple, le gouvernement annonce une levée des restrictions à la mobilité, une levée de l'obligation de télétravailler, on regarde si les recruteurs postent moins d'annonces, où il n'y a pas de mention de télétravail. Et ce qu'on constate, c'est qu'en fait, cet indicateur de part d'annonces télétravaillables ne baisse pas pour l'instant, même quand les restrictions à la mobilité sont levées. Ce qui mènerait à penser qu'il y a quand même eu une accoutumance, entre guillemets, au télétravail. Les entreprises se sont habituées et continuent à vouloir recruter des personnes qui sont soit partiellement, soit totalement en télétravail.
Après, c'est qu'on est quand même toujours dans une situation de crise sanitaire et que pour être vraiment sûr que le télétravail perdurera au niveau qu'on constate actuellement, il faudrait qu'on attende d'être véritablement sorti de la crise.
Évidemment, évidemment. Alors, on va rester en France et on va parler des dernières données d'Indeed arrêtées au 7 janvier dernier. À quel niveau se situait le niveau d'offres d'emploi sur le moteur de recherche ?
Alors là, pour l'instant, on est 27,2 % au-dessus de notre niveau du 1er février 2020 qui est la date référence. Donc on a en gros un peu plus d'un quart d'annonces en plus sur le site qu'avant la crise.
Alors, nous sommes donc sur une bonne tendance, et cela malgré la progression d'Omicron et les restrictions décidées pour freiner sa propagation.
Assurément, on ne constate pas de rupture dans la tendance qui s'est amorcée depuis la sortie du premier confinement en réalité. Depuis mai 2020, on est sur une augmentation constante en moyenne de l'ensemble des offres. Quand on regarde l'ensemble du marché du travail, cette tendance à la reprise ne s'est pas démentie depuis mai 2020.
Où se situe la France par rapport aux autres pays ?
On est encore en retrait, en particulier par rapport à l'Allemagne et au Royaume-Uni. L'Allemagne, ils sont là actuellement à plus 46,5 %. Donc ils sont 20 points au-dessus de nous. Mais encore une fois, ça, c'est aussi quelque chose qu'on constate depuis le début. On a toujours été un peu en retard par rapport aux autres pays sur cette tendance de reprise.
Les professions qui affichent maintenant la plus forte progression en termes de volume d'offres, quelles sont-elles ?
Alors, ça dépend par rapport à quelles références on se place. Mais si on se place par rapport au 1er février 2020 et avant la crise, c'est toujours les soins infirmiers, la pharmacie, les soins personnels et à domicile, l'assistance médico-technique et la propreté et l'hygiène, donc essentiellement des métiers dits professions essentielles, des professions de la santé et des professions qui ont profité, entre guillemets, directement de la pandémie, comme la propreté et l'hygiène.
Et si, à l'inverse, on devait parler des métiers qui voient leur nombre d'offres diminuer ou stagner ?
Toujours par rapport au 1er février 2020, si je vous cite les cinq métiers qui n'ont pas encore recouvré leur volume d'offres, on a tout ce qui fait appel aux sciences humaines et sociales. Ils sont encore en retrait de 30 %. Beaucoup de métiers de l'ingénierie aussi. L'ingénierie mécanique, l'ingénierie civile sont encore en retrait de 10 à 12 points. Le support informatique aussi, moins 6,6 points et l'architecture moins 5,9. Essentiellement parce qu'on a observé dans tout un tas d'entreprises une diminution des budgets R&D. Et cette diminution des budgets R&D va impacter aussi des métiers comme l'informatique.
Toujours en termes de volume d'offres, quelles sont les différences maintenant entre les régions ? Comment se situe, par exemple l'Île-de-France par rapport aux autres régions et quelles sont finalement les régions qui recrutent le plus ?
L'Île-de-France est toujours très, très en retard sur la reprise puisque par rapport aux 27 % au global d'augmentation sur l'ensemble des secteurs et l'ensemble des régions, on a à peu près une augmentation de 9 % en Île-de-France. C'est le seul chiffre quand on regarde toutes les régions qui est aussi bas puisque le deuxième chiffre le plus bas, si j'ose dire, c'est la Normandie. Mais ils sont déjà à 34 %. Donc en fait, ce qui se passe, c'est que c'est véritablement l'Île-de-France qui va tirer cette moyenne vers le bas pour l'amener à 27 %. Et ça s'explique essentiellement par une spécialisation sectorielle défavorable de l'Ile-de-France, puisqu'il y a énormément d'emplois qui sont des emplois reliés au secteur de l'hôtellerie tourisme, énormément d'emplois qui sont liés aussi à la mobilité des voyageurs internationaux, avec tout ce qui est congrès, beaucoup de restaurants, beaucoup aussi de services. Si vous voulez, vous côtoyez physiquement les clients, donc tout ça joue très négativement pour l'Ile-de-France.
Et si on regarde la région métropolitaine qui s'en sort le mieux en dehors de la Corse, c'est les Pays-de-la-Loire, avec plus de 50 % des volumes d'annonces par rapport au 1er février 2020.
Vous dites que la reprise a changé le rapport de force entre les candidats et les recruteurs. Comment est-ce que vous arrivez à le mesurer, ça ?
Ça, c'est un indicateur qu'on a construit avec deux choses. D'un côté, les recherches des candidats, en particulier les clics, les clics des candidats et le volume d'annonces. Et ce qu'on va faire, c'est qu'on va construire un indicateur de clic par annonces.
On va regarder dans chaque famille de métier le ratio de clics sur les annonces. On va le retraiter pour prendre en compte l'évolution du marché global. On a véritablement voulu construire un indicateur qui nous indique, non pas en valeur absolue, où se porte l'intérêt des candidats, mais en valeur relative, quelle est la préférence des candidats en fonction des secteurs. Donc, voilà comment on mesure et on va toujours comparer cet indicateur aussi par rapport au 1er février 2020 pour mesurer l'impact de la crise.
Et c'est ce qui vous fait dire donc que le rapport de force a changé ?
Alors le rapport de force a changé puisque quand on regarde cet indicateur, on se rend compte qu'il y a des métiers dans lesquels il est devenu beaucoup plus difficile de recruter qu'en moyenne. Ça, c'est tout ce qui est soins personnels et à domicile, garde d'enfants, restauration, vente de détail, propreté et hygiène.
Il y a une asymétrie entre, d'un côté, l'évolution des offres et l'évolution des clics qui font que, même par rapport à la moyenne du marché du travail, on a des tensions qui sont accrues sur l'ensemble des secteurs que je viens de vous citer. Donc, logiquement, pour les recruteurs, ça va être beaucoup plus difficile de trouver des candidats.
Et de façon inverse, on a des familles de métiers pour lesquelles il est devenu beaucoup plus facile de recruter qu'en moyenne. Là, on a le génie mécanique, mais aussi tout ce qui est mathématique et statistique. Donc essentiellement les métiers qui tournent autour des données, comme par exemple les data scientists, la formation médicale, le génie électrique et le support informatique. Donc, tout ça, ce sont des métiers où il est devenu plus facile de recruter qu'en moyenne.
Ça s'appelle Jobnews by Indeed, saison 2. C'est le podcast qui décrypte l'actu de l'emploi. Rendez-vous le mois prochain. Merci Alexandre.
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