Jobnews by Indeed, c’est le podcast qui décrypte l’actualité de l’emploi.
Selon notre étude menée en partenariat avec Opinion Way, 82% des recruteurs admettent qu’ils rencontrent des difficultés à embaucher. Dans quelle proportion y’a-t-il une inadéquation entre les profils recherchés et les candidatures reçues ? Dans quelle mesure, les candidats interrogés dans le cadre de l’enquête éprouvent-ils des difficultés à trouver dans les annonces publiées des profils correspondant à leurs expériences professionnelles, leurs compétences, leur parcours scolaire, leur connaissance du secteur ? Nous faisons le point dans cet épisode de podcast.
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Bonjour Éric Gras !
Bonjour Jean Baptiste, bonjour à tous !
Pour rappel pour les auditeurs, Éric, vous êtes spécialiste du marché de l'emploi pour Indeed en France. La pénurie de main-d’œuvre et donc les difficultés de recrutement pour les entreprises ne datent pas d'hier, c'est une certitude ! Selon une étude parue en mars 2023 d'INDEED menée par Opinionway 82% des recruteurs sondés ont admis qu'ils rencontraient des difficultés à embaucher. Quels étaient les objectifs de cette dernière enquête, Éric ?
Premièrement, je souhaiterais préciser que le volume d'offre est de 64% supérieur à février 2020 qui était le mois de référence avant la pandémie et si nous comparons par rapport à 2022 nous sommes à 17% d'offre d'emplois en plus. Nous constatons une baisse de cette hausse sur le premier trimestre donc la hausse permanente sur ces trois dernières années commence à ralentir. Mais nous restons sur un volume d'offre très important par rapport à 2020, à 2019.
Il faudra également suivre de près les faits liés à la saisonnalité estivale avec des prévisions qui sont déjà annoncées comme importantes et notamment à la forte reprise du tourisme. Il y a au moins 200 000 postes qui vont être vacants dans les jours qui arrivent.
Justement Éric, pour répondre à la question concernant les objectifs de l'enquête sur les difficultés de recrutement ?
Pour répondre à ta question initiale l'objectif de cette dernière étude est de mieux comprendre l'inadéquation qui existe entre l'offre et la demande à travers le prisme compétences & aptitudes, hard skills & soft skills comme on est habitués de l'entendre, à la fois à travers la vision des recruteurs mais aussi à travers la vision des candidats.
La France est confrontée à de nombreux défis sur le marché de l'emploi. Pénurie de main d’œuvre, vieillissement de la population, inversion des pouvoirs entre candidats et recruteurs - je dis toujours qu'on est passé d'un marché de sélection à un marché de séduction - Aujourd'hui les recruteurs reçoivent des candidatures avec des compétences manquantes ou imprécises pour un poste spécifique, ou bien les recruteurs décident d'embaucher des candidats sans compétences standards et doivent êtres agiles avec des candidats aux compétences transférables.
L'objectif principal est de s'adresser aux salariés et aux employeurs sur le thème spécifique du recrutement aujourd'hui, sur un marché qui offre des profils très variés. Pas toujours ceux que les recruteurs recherchent où auxquels les candidats sont formés.
À travers l'étude d'Opinion Way ce sont plusieurs questions que l'on a souhaité aborder : les recruteurs sont-ils prêts à embaucher des candidats sans l'expérience souhaitée, dans un contexte de forte pénurie ?
Les candidats sont-ils timorés pour postuler à des postes pour lesquels ils pensent ne pas être formés, ne pas avoir les compétences ?
Trouver le bon profil correspond à des critères précis et c'est également devenu un défi pour la quasi totalité des managers qui s’investissent dans la phase de recrutement.
Tous les secteurs sont frappés par la pénurie de main d’œuvre. Toutefois, les managers qui travaillent dans les services ainsi que dans le commerce, les transports, l'hébergement, la restauration, rencontrent un peu plus de difficultés à rencontrer des profils adaptés à leurs attentes. 87% pour chacun d'entre eux contre 83% dans l'industrie ou le BTP par exemple.
C'est également le cas chez les petites et moyennes entreprises. 91% des recruteurs d'entreprises de 20 à 49 salariés et 89% des recruteurs d'entreprises de 50 à 249 salariés rapportent des difficultés contre 83% chez les entreprises de 1000+ salariés.
Plus en détail, ce sont les profils intermédiaires, ni seniors, ni juniors, qui font le plus défaut, 53% dans le cas de profils spécifiques.
Combien de personnes ont été interrogées pour qualifier l'échantillon représentatif cette enquête ?
Toujours un échantillon représentatif de plus de 1 000 personnes, ici nous sommes sur un échantillon de 1.036 personnes composé de 519 recruteurs et de 517 candidats. Cette étude a été réalisée du 16 au 23 février 2023 par Indeed France avec l’institut Opinion Way.
Vous en avez parlé il y a un instant mais j'aimerais revenir sur cette question centrale : y-a-t-il des profils plus difficiles à recruter ? On peut aussi parler des secteurs où subsistent ces difficultés.
Aujourd'hui, il faudrait plutôt se demander s'il existe des secteurs où il est relativement plus facile de recruter. La réponse est qu'aujourd'hui tous les secteurs en sous tension. Tous les niveaux de qualifications sont difficiles à recruter. Cols bleus, cols blancs, avec ou sans qualification, et pour des raisons parfois communes.
Comme je l'ai dit plus tôt, 64% d'offres d'emploi en plus mais il n'y a pas 64% de candidats en plus.
En outre, les attentes et les besoins des candidats ont évolué. Parfois la mauvaise compréhension perdure entre les uns et les autres. Par exemple, les candidats auraient le profil mais n'osent pas envoyer leur CV. C'est aussi tout cela que l'on a voulu voir à travers les résultats de cette étude.
Dans quelle proportion y-a-t-il une véritable inadéquation entre les profils recherchés et les candidatures reçues ?
86% des recruteurs éprouvent des difficultés à recruter un profil qui correspond précisément aux critères envisagés pour le poste.
Près de deux chercheurs d'emploi sur cinq, 39%, jugent difficile de trouver des offres qui correspondent à leur profil.
90% des chercheurs d'emploi pensent que les recruteurs peinent à considérer les candidatures n'ayant pas exactement le profil attendu lors des recrutements.
Les recruteurs sont un peu moins tranchés sur la question, ils sont quand même 77% à approuver ce fait, et quand on leur pose directement la question, recruteurs et chercheurs d'emploi sont d'accord sur l'existence, en France, d'une forte culture du profil idéal, qui vient compliquer les recrutements, 83% chez les recruteurs et 90% chez les chercheurs d'emploi.
C'est presque culturel. Dans quelle mesure les candidats interrogés dans le cadre de l'enquête éprouvent-ils des difficultés à trouver dans les annonces publiées, des profils correspondant à leur expérience professionnelle leurs compétences, leur parcours scolaire, leur connaissance du secteur ?
Ils sont 39% des chercheurs d'emploi qui jugent difficiles de trouver des annonces qui ciblent des profils comme le leur.
Finalement on pourrait se poser la question, les compétences mises en avant dans les offres d'emploi sont-elles un frein à la candidature ?
Absolument ! 91% des chercheurs d'emploi se sont déjà sentis intimidés par les compétences exigées dans une offre d'emploi, au point de ne pas postuler. Ce sentiment, communément partagé d'une barrière bloquant ceux qui ne cocheraient pas toutes les cases s'avère particulièrement limitant dans le cadre de la recherche d'emploi.
Et pour cause, 90% des chercheurs d'emploi évoquent en usage propre à l'hexagone favorisant une certaine retenue lorsque l'on estime ne pas avoir toutes les compétences demandées pour répondre à une annonce. 74% reconnaissent ne pas oser suffisamment postuler aux offres d'emploi quand ils n'ont pas toutes les compétences demandées.
C'est d’ailleurs encore plus vrai - je le dis souvent - pour les femmes que pour les hommes, les femmes étant plus honnêtes et donc si elles estiment ne pas avoir 80% des compétences demandées, elles ne postulent pas. Donc les femmes ont du mal à faire le tri entre les compétences vraiment essentielles et celles qui ne le sont pas.
Le fait de ne pas oser répondre à une annonce s'explique aussi par un certain complexe d'imposture persistant. Les trois quarts des chercheurs d'emploi estiment nécessaire d'avoir à minima 70% des compétences attendues pour pouvoir prétendre à une offre. Les recruteurs partagent le même avis à 76%.
L'ensemble des personnes interrogées soit du côté RH ou candidats soulignent le fait qu'en France on ne donne pas assez leur chance aux profils atypiques.
Donc cette quête du profil parfait qui se traduit dans les offres d'emploi par de nombreux critères listés ligne après ligne renforcent l'idée que les entreprises se montreraient fermées aux candidatures un peu plus originales. Largement répandue en France cette attitude est contre-productive pour les deux parties. Elle peut décourager les candidats, les faire passer à côté d'un emploi qui pourrait leur convenir mais aussi priver les recruteurs de potentielles pépites qui pourraient rejoindre leurs équipes.
Cette enquête mets également en lumière une différence de perception dans les attentes entre recruteurs et candidats. C'est le vrai début d'une explication aux difficultés de recrutement ?
Oui ! Il y a une vraie incompréhension entre les uns et les autres. Premièrement, les critères recherchés par les recruteurs et ceux faisant le plus défaut, selon les candidats eux-mêmes, révèlent de profonds écarts de perception entre recruteurs et candidats. Alors que les chercheurs d'emploi semblent soucieux de leurs compétences, des hard skills, ou plus précisément de leur absence de compétences, les recruteurs font le constat d'un manque de soft skills chez les candidats qu'ils reçoivent en entretien.
Si les candidats doivent postuler à une offre d'emploi qui ne correspond pas à leur profil les candidats misent avant tout sur leurs soft skills. Notamment, 42% d'entre eux mettent en avant leur capacité à travailler en équipe, 41% leur rigueur, 38% leur débrouillardise.
Hors il y a un décalage important entre l'image voulue par le candidat lorsqu'il mentionne ses soft skills dans son CV et la manière dont il les mets en avant lors de l'entretien.
Donc, l'image perçue par les recruteurs est mauvaise, ces derniers n'étant pas comblés, pas assez convaincus lors de l'échange.
Finalement, si l'on se concentre un peu plus là-dessus, pour illustrer ces écarts de perception, selon les recruteurs, quelles sont les trois principales lacunes des candidats ?
Ce sont surtout les soft skills qui semblent faire défaut aux candidats, selon les recruteurs. Selon ces derniers, les critères qui font le plus défaut aux candidats c'est la rigueur à 37%, la débrouillardise pour 31%, une expérience professionnelle pertinente dans le poste à pourvoir 27%, une capacité à travailler en équipe 27%, et des compétences aux métiers spécifiques 24%.
Sur les cinq critères jugés les plus importants par les recruteurs trois sont des soft skills ces trois critères sont ceux qui représentent le plus d'enjeux car ce sont des critères phares pour les recruteurs. Seuls 16% des managers impliqués dans le recrutement sont prêts à faire des concessions sur l'absence de rigueur exactement la même proportion pour la débrouillardise. 18% peuvent faire des concessions sur la capacité à travailler en équipe.
Si on se place maintenant du côté des candidats quelles sont les principales compétences leur faisant défaut ?
Selon les candidats, les compétences faisant défaut à leur candidature - compte-tenu de l'emploi recherché - sont les compétences linguistiques pour 29% le niveau de diplôme attendu pour 25% les compétences managériales pour 21% et l'expérience professionnelle pertinente dans le poste à pourvoir pour 20%.
Il semblerait que les chercheurs d'emploi attachent un caractère très ou trop important à certaines compétences qui leur manqueraient. Même si ces atouts peuvent manquer aux candidats ce ne sont pas ceux qui leurs feraient le plus défaut.
Donc pour la plupart des recruteurs, ces compétences que les candidats jugent manquantes apparaissent même en fin de classement des griefs formulés. Par exemple, seulement 14% des recruteurs trouvent que les candidats manquent de compétences managériales. Les compétences linguistiques inquiètent 19% des recruteurs.
Qu'est-ce qui explique ces différences de perception entre hard skills d'un côté et les soft skills de l'autre ?
82% des chercheurs d'emploi ont le sentiment que les recruteurs ne sont pas prêts à faire des concessions sur les profils recherchés. Un ressenti que ne partagent pas les recruteurs, 75% d'entre eux pensent qu'ils se montrent moins exigeants en matière de recrutement, la différence entre ce qui est écrit dans un CV par rapport à ce qui est présenté lors de l'entretien. Ce qui explique principalement cette différence c'est que parfois l'offre d'emploi est trop exigeante et elle ne correspond pas véritablement à la réalité, de l'autre côté le CV ne reflète pas exactement ce qu'est le candidat.
Donc de fait de cette pénurie de main d’œuvre les entreprises concèdent qu'elles peuvent se montrer moins exigeantes, ce que vous venez de dire.
Oui, les recruteurs sont conscients du bénéfice de procéder de la sorte. 60% d'entre eux pensent qu'avoir fait des concessions sur les profils des candidats a eu des conséquences positives et a apporté un nouveau regard sur leur entreprise.
58% pensent même que cela pourrait se pérenniser dans les prochaines années et 85% des recruteurs pensent que l'on devrait faire preuve de plus d'ouverture d'esprit dans les recrutements.
Quels sont les critères sur lesquels les recruteurs sont prêts à faire des concessions dans le choix d'une candidature ?
Le niveau de diplôme attendu et l'expérience professionnelle pertinente peuvent faire l'objet de compromis. Près d'un tiers des recruteurs sont prêts à céder sur les années d'étude, le type d'école. 23% des recruteurs peuvent faire l'impasse sur les compétences métier spécifiques et 22% sur les compétences linguistiques.
Certains recruteurs sont prêts à faire des concessions mais la rigueur, la débrouillardise, la capacité à travailler en équipe semblent être le triptyque gagnant pour les conquérir.
Et du côté des candidats ? Sont-ils prêts à être moins sélectifs dans le choix d'offres d'emplois auxquelles ils vont postuler ?
La moitié des chercheurs d'emploi sont de moins en moins sélectifs dans leur recherche.
Pire encore, en raison des difficultés à obtenir des retours positifs ou à avoir juste un retour, certains candidats n'hésitent pas à avoir recours à des pratiques de contournement, on a un tiers des candidats en recherche d'emploi qui reconnaît envoyer des CV en masse sans être trop regardant sur les compétences demandées pour maximiser leurs chances d'obtenir un entretien et plus d'une personne sur quatre recherchant un emploi déclare avoir même menti sur son CV afin d'obtenir un entretien.
Éric, finalement, en guise de conclusion de cette enquête sur les difficultés de recrutement des entreprises, riche en enseignements, quels conseils donne aujourd'hui Indeed pour faire en sorte de rapprocher les exigences des candidats et des recruteurs ?
Je parle toujours du marketing candidat. Il faut s'adresser à vos candidats comme à vos clients donc il faut connaître le marché des candidats d'aujourd'hui et donc réajuster son degré d'exigences. Sur certains métiers il n'est pas nécessaire d'avoir une liste de courses extrêmement longue de compétences et essayer de faire l'impasse sur les compétences non-indispensables pour avoir un focus dans les offres sur les compétences non négociables et sur ce qui est nécessaire.
Ensuite, être très clair sur ces soft skills dont on a besoin, soft skills indispensables pour le métier et celles qui peuvent être souhaitables pour qu'en un coup d’œil le candidat puisse comprendre si il peut correspondre ou non aux attentes demandées par l'entreprise.
Enfin, je voudrais dire et répéter que l'on est sur un marché de l'emploi tendu, que l'on a sensiblement les mêmes difficultés à recruter que d'autres pays qui sont en situation de plein emploi et donc nous avons encore un réservoir de candidats important.
Il faut aussi recruter de manière beaucoup plus inclusive, on a un taux de chômage élevé chez les moins de 25 ans et chez les seniors, on a aussi les travailleurs handicapés, les gens issus de l'immigration. Il y a tout un tas de viviers et donc avec des recrutements plus inclusifs, en étant un peu plus ouvert, on va réussir à trouver des candidats qui peuvent correspondre aux exigences des entreprises.
Jobnews by INDEED c'est le podcast qui décrypte l'actualité de l'emploi. En termes d'actualité dans ses derniers indicateurs la Dares vient d'indiquer comme au troisième trimestre que les embauches s'étaient repliées au quatrième trimestre 2022. Est-ce que cette tendance se confirme, selon Indeed, depuis le début de l'année ?
Oui, on voit qu'il y a une légère inflexion de la hausse, comme je l'ai dit tout-à-l'heure. Pour autant on reste sur un marché de l'emploi dynamique.
N'oublions pas que l'Insee a montré une courbe très claire qui fait que depuis 2020 il y a moins d'actifs qui arrivent sur le marché de l'emploi en France. Même avec une croissance à zéro il y a 300 000 à 400 000 créations nettes d'emploi. Tous les secteurs de l'emploi sont en tension. Même s'il y a une hausse un peu moins importante des offres on reste sur une tension permanente sur l'ensemble des secteurs d'activités.
Quels sont les secteurs qui reculent le plus ? Et quels sont les secteurs d'activités les plus dynamiques ?
Les secteurs qui reculent un peu aujourd'hui sont les recrutement dans le secteur de l'assurance, le support, le développement informatique, la construction, le transport routier qui sont un peu plus en retrait par rapport à la moyenne nationale mais qui restent une fois de plus en tension.
Il y a toujours des hausses et des besoins très forts dans les professions dites « essentielles », services de santé, soins à domicile, logistique, sécurité, qui affichent des progressions importantes, plus de 100%.
Les métiers du tourisme et de la restauration et sur un an glissant, ce sont les métiers des soins personnels et médicaux à domicile et des transports aériens qui ont le plus augmenté leur volume de projet de recrutement.
Merci beaucoup Éric !
Merci Jean Baptiste, merci à tous !
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