87% des responsables RH intègrent déjà l'intelligence artificielle (IA) dans leurs processus de recrutement (1). Cette adoption marque un tournant significatif dans les méthodes d’attraction et de gestion des talents. Quels sont les bénéfices et les risques associés à l'utilisation de l'IA dans ce domaine ? Quelles sont les décisions à prendre pour en tirer parti de manière éthique ? Retour sur nos échanges avec 4 experts de l’AI et des RH, pour identifier les grandes questions soulevées par le développement des intelligences artificielles dans les pratiques des ressources humaines.

Le marché du travail, y compris le secteur des ressources humaines, doit s'adapter à de profonds changements : tensions sur le marché du recrutement, télétravail, nouvelles attentes des candidats… Ces ajustements sont en partie dus à l’essor de l’utilisation de l'intelligence artificielle, qui crée de nouvelles compétences et métiers, ainsi qu'à des méthodes de travail innovantes dans un monde du travail en pleine mutation. Selon Laetitia Vitaud, sociologue et autrice, il est fondamental que « le marché du travail et les acteurs se préparent à une reconfiguration de leurs activités ». L'IA permet aujourd’hui d’automatiser les tâches routinières et répétitives et offre des possibilités inédites pour optimiser les processus de recrutement, anticiper les besoins en compétences et personnaliser les parcours professionnels, pour analyser les grandes tendances du marché du travail, ou encore adapter des stratégies RH.

Toutefois, il y a une petite ombre au tableau. 80% des données traitées par l’IA sont de langue et de culture anglo-saxonne d’après Laurence Devillers, professeure d'informatique et d'éthique à Sorbonne Université et chercheuse au LISN-CNRS. Elle estime qu’il faut « avoir conscience que les sources des IA actuelles sont quasiment mono-culturelles. Ce manque de diversité culturelle porte le risque de contenus de plus en plus standardisés et non adaptés dans un territoire donné. »

L'importance de l'éthique, de la réduction des biais et de la promotion de la diversité

L'intégration de l'IA dans les ressources humaines soulève également des questions éthiques majeures, notamment autour des biais et de la discrimination. Il est crucial de développer des algorithmes transparents et justes, qui favorisent la diversité et l'équité. « Les statisticiens et les chercheurs en sciences sociales doivent être parties prenantes dans l’évolution des algorithmes pour les rendre plus humainement intelligents. Il en va de l’enjeu de fiabilité des résultats de matching ! » insiste la sociologue Laetitia Vitaud. Pour identifier et corriger les biais potentiels, une réflexion approfondie sur les critères de sélection doit être menée. Autre point de vigilance : l’entraînement des IA. Le professeur Charles-Henri Besseyre des Horts, suggère qu’« une intelligence artificielle doit se montrer transparente dans sa façon d’être programmée et doit aussi être évolutive et dynamique pour éviter le danger d’un processus de décision algorithmique linéaire ne recrutant que des clones ! »

Vers une utilisation éclairée et responsable de l'IA

La maîtrise de l'IA ne se limite pas à son déploiement technique ; elle exige également une compréhension de ses implications éthiques et sociales. Former les professionnels aux bonnes pratiques en matière d'IA est essentiel pour en maximiser les bénéfices tout en minimisant les risques. Laurence Devillers pense qu’il « serait utile de créer un observatoire commun pour partager les bonnes pratiques et les erreurs de ces systèmes d’IA. ». Pour elle, chaque entreprise doit mettre en place « des formations portant autant sur les capacités que sur les limites pour appréhender ces outils de façon consciente et responsable. » Ces formations pourraient être axées sur les techniques d’utilisation des différents outils d’IA générative, mais aussi sur la sensibilisation aux enjeux de confidentialité, la sécurité des données et la capacité à évaluer de manière critique les recommandations produites par les systèmes d'IA. Karim Zainuddin, senior manager - HR solution au sein du cabinet de conseil SQORUS encourage les DRH à « développer leur compétence d’analyse stratégique pour anticiper les besoins en nouvelles compétences et nourrir régulièrement leur base de données intégrée dans une IA pour orienter de façon non biaisée leur décision ».

Une collaboration active entre humains et IA est-elle possible ?

L'IA ne remplace donc pas l'humain ; elle le complète. Une synergie entre l'intelligence humaine et artificielle est nécessaire pour tirer le meilleur parti des deux mondes. « Les recruteurs, qui sont libérés des tâches répétitives, pourront dédier plus de temps à l’entretien en lui-même, en diversifiant les moments de rencontre en one-to-one ou avec plusieurs candidats », explique Karim Zainuddin. Une répartition des tâches s’installe. D’un côté, l'IA peut traiter et analyser d'énormes volumes de données pour identifier des tendances et des opportunités. Tandis que de l’autre, l'intuition, la créativité et l'empathie humaines restent essentielles pour prendre des décisions nuancées et établir des relations significatives. Les humains doivent rester les responsables des actions et des décisions prises par les systèmes d'IA. Ce qui sous-entend un besoin de régulation et de supervision pour s'assurer que l'IA est utilisée de manière éthique et conforme aux valeurs humaines. La nécessité de contrôler le travail des machines confirme ainsi que l’emploi humain reste indispensable. 

Pour aller plus loin : 

Pour aider les entreprises et les talents à amorcer ce changement radical complexe, nous avons mis au point « L'enquête d'Indeed sur l'IA, ou l'avenir du recrutement » : l’analyse approfondie d’une enquête, menée auprès de plus de 7 000 responsables RH et chercheurs d'emploi dans sept pays (États-Unis, Royaume-Uni, Canada, France, Allemagne, Japon et Inde).

Téléchargez l’étude pour en savoir plus

Source : Enquête mondiale d'Indeed sur l'IA, 2023